Difficile d'écrire sur des futilités

Manga, jeu vidéo et arts mineurs

Zelda, princesse pas pimbêche

Bien que son nom figure en titre d’une vingtaine de jeux, la princesse Zelda n’est pas le personnage que l’on incarne. Elle n’apparaît même pas dans certains d’entre eux. Pourtant elle occupe une place centrale dans l’histoire du jeu vidéo au point que l’acteur Robin William lui hommage en donnant son nom à sa fille.

The Legend of Zelda et Super Mario Bros ont été développés en parallèle avec la même équipe autour de Shigeru Miyamoto. Les deux jeux visent à modifier les motivations du joueur qui jusqu’alors étaient de figurer dans le classement des meilleurs compétiteurs sur une borne d’arcade donnée.

Exploration et monde ouvert

Les deux titres étant destinés à une console de salon, il fallait qu’ils proposent des incitations inédites pour finir le jeu. Dans le cas de Mario, les actions suivent un déroulement linéaire et le joueur est récompensé à chaque fin de niveau. Dans Zelda, il s’agit d’un monde ouvert que le joueur est incité à parcourir, les donjons pouvant être exploré dans n’importe quel ordre.

Miyamoto voulait recréer en jeu vidéo les sensations qu’il avait eu enfant en explorant la campagne près de chez lui. Il partait sans carte ou boussole pour se promener en forêt, marcher le long des lacs et même parcourir des grottes avec une lanterne. L’essence de Zelda réside dans cette idée d’aventure et l’excitation de découvrir du nouveau.

Malheureusement, il est assez difficile de transformer ce concept en slogan marketing facile à comprendre pour convaincre les joueurs d’acheter le titre. Plus encore, certains joueurs étaient totalement démunis face au jeu car il n’y a quasiment pas d’instruction, mis à part les paroles lapidaires d’un ermite qui vous remet une épée.

Si Miyamoto est un génie pour créer des concepts de jeu, il n’est pas doué pour créer un récit motivant les actions du joueur. Ce n’est donc pas étonnant qu’il reprenne la même trame de la damoiselle en détresse utilisée dans Mario pour initier la quête du héros. Pour donner un peu de corps à l’ensemble, une histoire un peu plus développée est présentée dans le manuel d’instruction. Elle mélange les références à la légende du roi Arthur (épée magique, dame du lac), l’heroic fantasy et Peter Pan.

Grâce au manuel, le joueur découvre qu’il doit sauver une princesse Zelda en recueillant les huit morceaux de la Triforce de sagesse, qu’elle a cachés dans des donjons. Une fois réunis, ces artéfacts magiques donnent à votre avatar la puissance nécessaire pour vaincre Ganon et libérer Zelda.

Autrement dit, même si le jeu est votre aventure, votre avatar n’apparaît pas dans le titre : vous n’êtes pas le personnage légendaire. En fait, vous avez même un nom ridicule Link (« lien » en anglais) : il souligne que vous n’êtes qu’un lien rassemblant les divers éléments du jeu. D’ailleurs, les gens ne connaissant pas la série tendent même à croire que votre personnage est Zelda. Et pour être sûr que vous ne vous plaignez pas, Link est toujours muet.

Fée par ici ! Fait pas ça !

Si dans les premières aventures de Link, les fées servent surtout à panser les blessures, elles prennent du galon à partir d’Ocarina of Time en ayant un rôle de soutien plus actif. Link est d’ailleurs réveillé par l’espiègle Navi qui va le suivre tout au long de l’aventure, lui donne des conseils sur les lieux à explorer (le nom vient du mot “navigation”) et permet de maîtriser le précieux système de verrouillage.

Le designer Koizumi souhaitait que la petite fée ait un look mignon à la manière de la fée Clochette chez Disney. Mais en raison des limitations techniques de l’époque, il a opté pour une boule lumineuse dotée d’ailes. Dans Phantom of Hourglass, Link se réveille sur une île inconnue avec Ciela, une fée bavarde qui rappelle Navi.

Zelda à travers le temps

Si dans le premier jeu, Zelda est essentiellement développée à travers le manuel d’instruction, l’héroïne devient par la suite une figure plus active. The Legend of Zelda est le premier titre à dépasser le million d’exemplaires vendu sur la console Nintendo. Les nombreuses suites proposent des variations sur la même trame que ce soit au niveau du gameplay ou de l’intrigue. Mais elles se déroulent dans des temporalités différentes.

Dans le royaume d’Hyrule, les divinités ayant créé le monde ont laissé la Triforce, relique symbolisant la puissance divine. Elle est représentée par un triangle d’or composé de trois triangles plus petits qui correspondent à trois Forces : la Sagesse, le Courage et la Force. Elles sont respectivement réparties entre trois personnes : Zelda, Link et Ganondorf. Ce dernier cherche à récupérer les autres fragments afin d’instaurer son règne de terreur. Chaque titre propose une variation sur ces trois personnages.

Le joueur incarne toujours Link armé de son l’Épée de Légende. Ganondorf est l’ennemi à abattre, secondé par des antagonistes qui le ressuscitent ou l’aident à prendre le contrôle du monde. Zelda ou ses équivalents sont là pour vous aider plus ou moins activement. Enfant ou adulte, l’âge de Zelda se rapproche généralement de celle de Link. Ils peuvent être amis d’enfance (Skyward Sword, 2011) ou ne pas se connaître avant la réunion finale.

Le prénom a été choisi en référence à la romancière Zelda Fitzgerald connue pour sa grande beauté et son intelligence. Mais dans le premier jeu, elle ressemble à la Peach des premiers Mario et arbore une chevelure brune alors qu’elle est présentée comme blonde dans les illustrations. Par la suite son apparence et sa tenue varient selon ses occupations comme dans Breath of Wild (2017).  

A partir d’Ocarina of Time (1995), elle a un rôle plus actif. Sous les traits de Sheik, ninja mystérieux, elle guide Link à travers Hyrule. Elle immobilise le démon pour que Link lui assène le coup final, et elle renvoie le héros dans le temps. Dans Wind Waker (2002), elle apparaît sous les traits de Tetra, capitaine pirate à la tête d’un navire. Ce garçon manqué a une façon peu particulière d’aider Link à retrouver sa sœur en l’envoyant à coup de canon sur une île.

Zelda sacrifie sa vie pour Midna, princesse d’une dimension parallèle dans Twilight Princess (2006). Dans ce même titre, Ganondorf prend possession de son corps pour combattre Link. Une fois son corps récupéré, la princesse monte à cheval derrière Link et tire des flèches de lumières sur l’une des incarnations de Ganondorf. Ainsi, même si elle n’apparaît pas beaucoup en jeu, cette version de Zelda est plutôt active dans la bataille finale.

La Zelda maléfique de ce titre utilise à la fois des pouvoirs magiques et son épée. Elle est peut-être à l’origine de la version guerrière de Hyrule Warriors (2014) où elle se bat à l’épée et tire simultanément plusieurs flèches de lumière contre des hordes d’ennemis. En dehors des jeux de la licence, Zelda utilise également ses pouvoirs magiques au combat dans la série de Smash Bros, signe que chez Nintendo les princesses savent se battre.

Dans Spirit Tracks (2009), un démon lui vole à nouveau son corps. Zelda est réduite à l’état de fantôme. Mais elle peut alors s’introduire dans des Spectres, ennemis en armure d’apparence invincible, et les manipuler afin d’aider Link. Le joueur peut donc à la fois incarner Link et Zelda. En perdant son enveloppe corporelle, Zelda est paradoxalement plus active qu’elle ne l’a jamais été !

Dans Breath of Wild, les cinématiques correspondent aux souvenirs de Zelda. Link peut suivre son évolution en tant que détentrice de la Triforce. Son pouvoir ne se manifestant pas, elle doute de sa valeur et tente de compenser l’absence de magie par ses recherches sur la technologie d’une ancienne civilisation. Au moment critique elle parvient à sauver Link et emprisonner Ganondorf dans le château d’Hyrule. Durant cent ans de lutte, elle parvient à contrer le démon. Cela permet au héros endormi de se régénérer, inversant en quelque sorte la situation de la belle au bois dormant.

Ainsi, même si Zelda reste généralement un personnage non jouable, elle possède un rôle central dans l’intrigue et les actions de certaines de ses incarnations en font une princesse inoubliable.

Midona, Epona et les autres

La princesse est loin d’être la seule héroïne des jeux Zelda. Ocarina of Time propose par exemple un immense casting féminin composé notamment d’Impa, la nourrice-garde-du-corps-sage, et Navi, la fée qui vous guide malgré son vocabulaire limité à “Hey”, “Listen!” ou “Watch out!”. Les deux personnages apparaissent dans d’autres jeux de la série, Impa ayant une longue généalogie selon les versions.

N’oublions pas votre jument Epona, qui fait aussi sa première apparition dans Ocarina of Time. Son nom fait référence à la déesse des chevaux chez les Celtes. En un sens vous avez plus de contact physique avec elle qu’avec Zelda elle-même. C’est à peine si l’on voit la princesse prendre la main du héros dans Spirit Tracks (2009).

Dans Link’s Awakening (1993), Zelda est absente et Link est recueilli par Marine qui rêve d’explorer les océans. Ce début évoquant le naufrage d’Ulysse recueilli par la princesse Nausicaa dans l’Odyssée est suivi par une aventure onirique où vous finissez par anéantir le monde pour rentrer chez vous.

Mais la figure féminine la plus remarquable en dehors de Zelda reste Midona, princesse du Crépuscule apparaissant dans Twilight Princess (2006). Initialement, le personnage ressemble à un lutin maléfique dont la moitié du visage est couvert par un masque aux inscriptions mystérieuses. Son corps bicolore est rehaussé par une chevelure rousse rassemblée en une queue de cheval. En réalité, cette apparence témoigne du fait qu’elle a été maudite par Xanto, le principal opposant du jeu.

Midona vient d’un autre univers et ne pense qu’à récupérer son pouvoir en utilisant Link, également maudit par Xanto et transformé en loup. Elle libère Link et le chevauche sous sa forme animale. Elle passe le plus clair de son temps à le railler et lui donner des ordres. 

Bien qu’elle ne soit plus en possession de ses pleins pouvoirs, Midona peut tout de même lancer des boules d’énergie, des éclairs rouges et sa queue de cheval se transforme en main géante capable de soulever diverses charges lourdes. Néanmoins, elle préfère laisser Link se débrouiller tout seul.

Son caractère de pimbêche est lié au stéréotype de la tsundere, fille hautaine, qu’apprécie particulièrement Eiji Aonuma, le producteur de la série. Par la suite, elle apprend à apprécier Link ce qui la fin du jeu très émouvante. Une fois la bataille remportée, elle retourne dans son royaume et brise le portail qui relie les deux mondes.

Le joueur découvre alors son vrai visage et elle est magnifique ! Si Zelda arbore des habits assez traditionnels inspirés par l’Europe médiévale, la tenue de Midona rappelle l’Orient des Mille et Une Nuits. Elle est non seulement extrêmement sexy mais son personnage est également exemplaire : elle sacrifie son amitié pour Link afin de remplir son devoir de princesse.

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