Connu pour son travail graphique sur les Final Fantasy, Yoshitaka Amano est un artiste complet qui lie les divertissements populaires et les beaux-arts grâce à son style innovant. Il a façonné la première identité graphique de la saga. Mais il était déjà une star quand Square a fait appel à ses talents.
Né le 26 mars 1952 à Shizuoka au Japon, Yoshitaka Amano est un génie précoce. Il apprend à dessiner en autodidacte en noircissant les feuilles que son frère, employé dans une usine de papier, lui rapporte régulièrement.
Lors d’un séjour à Tokyo, il montre ses dessins aux producteurs du studio d’animation Tatsunoko Production. Ceux-ci sont tellement admiratifs qu’ils lui offrent un emploi alors qu’il n’a que 15 ans. Il devient rapidement un character designer incontournable et participe à la création de séries animées comme Speed Racer (1967-1968), anime qui n’a pas été diffusé en France, mais qui a connu un immense succès aux États-Unis à la fin des années 1960. D’ailleurs, les Wachowski en ont même fait une adaptation cinématographique en 2008.


Les héros des années 1970
En France, son travail en animation est surtout connu par le biais de La Bataille des planètes (1978-1979), dessin animé diffusé sur TF1 en 1979 afin de concurrencer Goldorak. Il s’agit en réalité d’une adaptation américaine de Gatchaman (1972-1974), anime de Tatsunoko Production. Les épisodes ont été remaniés par Sandy Frank Entertainment afin de plaire au jeune public américain. De manière un peu curieuse, la série était présentée par la presse française d’alors comme la réplique américaine à l’animation japonaise.
Chez Tatsunoko, Amano conçoit les personnages et les illustrations de nombreuses séries de science-fiction, comme Casshern (1973-1974), Tekkaman (1975) et Time Bokan (1975-1976). Les héros, virils même en tenues moulantes, sont représentés dans des poses dynamiques et des compositions qui rappellent les affiches de films de l’époque. En dehors de ces séries futuristes, Amano a aussi participé à la production du Petit Prince orphelin (1970-1971), où le héros est une abeille qui part à la recherche de sa mère.

En parallèle à ses travaux en animation, Yoshitaka Amano est également illustrateur pour des romans et des revues, comme Science Fiction Magazine. Il y cultive un style plus personnel inspiré par les bandes dessinées occidentales, les estampes japonaises et l’Art nouveau. L’œuvre de Gustav Klimt semble avoir eu une influence importante sur ses premières peintures, où son travail sur la couleur et les aplats rappelle celui de l’artiste autrichien.
Le style de la fantasy
Afin d’évoluer sur le plan artistique, Yoshitaka Amano quitte Tatsunoko en 1982 pour travailler en tant que free-lance. Durant cette période, ses personnages deviennent de plus en plus stylisés, et son trait volontairement brouillon s’oppose aux lignes bien définies des anime. Parmi ses travaux les plus connus, on compte les illustrations pour des séries de romans d’heroic fantasy comme Guin Saga de Kaoru Kurimoto ou Les Chroniques d’Arslân de Yoshiki Tanaka. Il illustre également la saga fantastique à succès écrite par Hideyuki Kikuchi : Vampire Hunter D.

Lorsque ce dernier se lance dans une adaptation en long métrage d’animation, il fait bien sûr appel à Yoshitaka Amano pour le character design. C’est aussi avec son style personnel qu’il conçoit la direction artistique du film d’animation L’Œuf de l’ange (Tenshi no Tamago), réalisé par Mamoru Oshii (réalisteur du film Ghost in the Shell) en 1985. L’année suivante, il participe à la création d’un autre film d’animation destiné au marché de la vidéo domestique : Amon Saga.
Premiers pas dans le jeu vidéo
Durant les années 1980, Yoshitaka Amano est omniprésent, et c’est pourquoi les développeurs de Square lui demandent de l’aide sur leur « dernier rêve ». Dans un entretien de 2013, l’artiste se souvient de cette rencontre.
« Final Fantasy a été mon premier travail dans le domaine du jeu vidéo. À l’époque, il y a 20 ans, même au Japon, le jeu vidéo n’était pas encore très populaire. Je travaillais principalement sur les illustrations de livres, de livres fantastiques. Et c’est d’ailleurs parce que la fantasy était l’un de mes thèmes majeurs que les gens de Square sont venus me voir.
Mes amis m’ont demandé pourquoi j’avais accepté cette collaboration, puisque je n’y connaissais rien en jeu vidéo, et m’ont même dit que ce n’était pas un travail pour moi ! Mais quand j’ai vu ces jeunes développeurs, j’ai été frappé par leur dynamisme, leur passion, et j’ai trouvé leur travail très intéressant. C’est pour cette raison que j’ai accepté de travailler avec eux sur le projet Final Fantasy.
Ce jeu vidéo a été accepté par le public parce qu’il proposait des éléments très novateurs, d’où son immense succès, sans doute. Et puis, en 20 ans, il y a eu beaucoup de changements, d’évolutions à tous les niveaux. Et les jeunes personnes qui y avaient joué à l’époque sont aujourd’hui celles qui développent les nouveaux Final Fantasy et travaillent pour Square. C’est comme ça que les choses évoluent . »
L’identité visuelle des Final Fantasy
Le succès du premier Final Fantasy en 1987 scelle une collaboration durable entre Square et Yoshitaka Amano, qui crée tous les logos des jeux et réalise de nombreuses illustrations et character designs jusqu’à la fin des années 1990. Outre Final Fantasy, il participe à d’autres jeux du studio de développement, parmi lesquels Front Mission (1995), série de jeux de rôle tactiques (Tactical RPG ou T-RPG) dans un univers d’anticipation mettant en scène des conflits militaires réalistes.

Même si en réalité les graphistes de Square créent généralement les images des personnages en pixels et laissent ensuite Yoshitaka Amano interpréter les sprites sous forme d’illustrations, il est clair que le style de l’artiste aide les jeux à se distinguer des concurrents. Mais de temps en temps, Amano prend des libertés par rapport aux couleurs choisies par les développeurs. Ainsi, dans Final Fantasy VI, Terra Branford a des cheveux verts afin de la différencier de Celes Chere, car en jeu, les possibilités d’affichage sont trop limitées pour rendre les deux héroïnes immédiatement reconnaissables. Toutefois, les deux personnages sont des jeunes femmes blondes dans les illustrations d’Amano.
Lors du processus de création, les demandes de logos sont envoyées à Amano sans qu’on lui fournisse forcément beaucoup de documentation. L’artiste interprète les informations disponibles et base l’illustration sur ce que les développeurs considèrent comme le concept central de chaque jeu.

De même, les illustrations qu’il créée sont souvent liées aux informations textuelles, comme l’âge des personnages et leur rôle dans l’intrigue, plus qu’aux visuels en jeu. Amano a plus activement participé à la création des personnages de certains opus, comme Final Fantasy IX, qui est conçu comme un jeu hommage à l’ensemble des titres de la saga.
En travaillant dans l’animation puis dans les jeux vidéo, Yoshitaka Amano a su rester en phase avec le média le plus populaire de chaque époque. Il déclare en riant :
« Aujourd’hui, les gens viennent me voir pour différentes raisons, selon leur génération. Ainsi, les enfants viennent vers moi pour les jeux vidéo, mais leurs mères m’abordent pour mon travail dans le domaine du dessin animé . »
Artiste contemporain
À partir des années 1990, les œuvres d’Amano sont recueillies dans de nombreux livres d’illustrations et il expose à travers le monde. Ses peintures acryliques sont disponibles dans des galeries d’art et il tente même l’aventure américaine en fondant un studio à New York en 1997.

En savoir plus sur les influences graphiques de Yoshitaka Amano
Ceci lui permet de jouer un petit rôle dans le film New Rose Hotel (1998) d’Abel Ferrara et de collaborer avec l’écrivain britannique Neil Gaiman sur l’album illustré Les Chasseurs de rêves, sorti en 1999 chez DC Comics et en 2003 chez Norma, en France.
En parallèle, il conçoit aussi des décors et des costumes pour le théâtre et le cinéma, des illustrations pour les albums du groupe de metal Galneryus, et collabore avec le chanteur Hyde (L’Arc-en-Ciel/VAMPS) dans le cadre d’une exposition. Pour le magazine féminin Vogue Italia, il a également réalisé des illustrations de mode.
Il coopère ainsi avec de nombreux artistes afin d’explorer de nouvelles voies.

Mais son ambition est d’insuffler la vie à ses illustrations en les mettant en scène dans des films d’animation. En 2010, il fonde le Studio Devaloka et espère être en mesure de réaliser un long métrage, Deva Zan. Après avoir apporté son style aux univers des écrivains et d’autres artistes, il souhaite pouvoir montrer son propre monde.
« Mon thème favori en dessin, c’est toujours la mythologie, les mythologies futuristes… Aujourd’hui, j’ai envie de mêler mythologie et science-fiction. Pour cela, je m’intéresse beaucoup aux mystères de l’univers et j’étudie ce domaine à travers mes lectures. J’aimerais en effet créer une mythologie futuriste à part entière, mais pour ce faire, il faut étudier et lire des ouvrages scientifiques parfois très pointus. C’est ce que je suis en train de faire . »
Malheureusement, le projet ne s’est toujours pas concrétisé.
Aujourd’hui, Yoshitaka Amano continue sa longue collaboration avec Square Enix sur les Final Fantasy, même s’il accorde beaucoup plus de temps à la réalisation de ses projets personnels qu’avant. Le character design des personnages est confié à d’autres artistes talentueux, mais son style restera à jamais associé à Final Fantasy.
Pour plus d’images et d’informations, consultez le site officiel de l’artiste.

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