Difficile d’écrire sur des futilités

Manga, jeu vidéo et arts mineurs

Catégorie : Animation

  • Ghost in the Shell, l’héritage du film de Mamoru Oshii

    Il y a 25 ans, le manga Ghost in the Shell de Masamune Shirow paraissait au Japon et révolutionnait le genre de la science-fiction. Mais c’est par l’adaptation en long-métrage que l’œuvre connaîtra un plus large succès. D’ailleurs c’est pour fêter ce vingt-cinquième anniversaire que le film de Mamoru Oshii sera diffusé dans les cinémas londoniens à partir du 27 septembre 2014. C’est aussi l’occasion pour moi d’essayer de voir quel est l’héritage laissé par ce Ghost in the Shell en version animée.

    Pour comprendre l’importance de Ghost in the Shell dans l’histoire de l’animation japonaise et sa réception dans le monde, il faut se replonger en 1995. Le mot manga n’était pas entré dans le dictionnaire et en lire vous cataloguait inévitablement dans le camp des loosers limite pervers. Regarder des dessins animés japonais vous classait aussi dans la catégorie des dégénérés refusant de grandir. Pour le grand public, le film d’animation c’est Disney et c’est tout.

    Des mangas qui bougent ?!

    Malgré tout, les choses commençaient à bouger un peu. Trois ans après sa diffusion au Japon, Akira de Katsuhiro Otomo sortait sur grand écran en Europe et dans quelques cinémas en France en 1991. C’était la première grosse claque venue du Japon pour bien des gens. Le film est superbement animé, l’intrigue est complexe (surtout quand on n’a pas lu le manga auparavant), la musique inoubliable. Néanmoins, la presse grand public passe sous silence la sortie de cette perle. Le film n’a eu qu’une diffusion limitée et il faudra même attendre assez longtemps avant d’avoir le DVD (avril 2007) et la version Blu-ray (juillet 2014).

    Toutefois, c’est grâce à ce premier succès auprès d’un public fan de science-fiction et de manga, que les distributeurs étrangers décident de sortir un autre film de SF simultanément au Japon et dans le reste du monde. Ils participent d’ailleurs financièrement à la production du film Ghost in the Shell. Le producteur exécutif, Andy Frain, expliquait au The Guardian qu’il voulait que le film soit un mélange entre l’Orient et l’Occident : une narration occidentale avec des graphismes japonais et une musique sublime. Il avait même essayé d’embaucher le groupe Massive Attack pour la bande originale. L’importance de la musique est sans doute liée au fait qu’Andy Frain est le PDG de Manga Distribution, filiale de l’éditeur de musique Island Records (ensuite racheté par PolyGram qui a été racheté par Universal Music)…

    Pendant ce temps en France, Porco Rosso en 1995 dans un relatif mépris de la part de la presse généraliste et le Tombeau des Lucioles est projeté dans deux salles parisiennes d’art et d’essai en 1996. The Ghost in the Shell ne sort qu’en 1997 et ne parvient pas à dépasser 120 000 entrées en France (dont 40 000 à Paris). Malgré tout, les critiques grand public sont un peu plus positives comme en témoigne celle de Télérama : « Difficile d’en dire plus sur un scénario assez obscur (c’est le point faible du film). Mais on peut se laisser envoûter par la beauté étrange de ce film onirique, qui évoque l’univers d’un Blade Runner de l’ère Internet, et affiche une indiscutable ambition dans la recherche graphique. »

    (Bon, personnellement, à l’époque j’avais hurlé. Comment peut-on consacrer une fiche critique aussi petite pour un film aussi grand ?! Et puis, « scénario obscur »… Il n’a jamais lu aucun livre de science-fiction ? Parce qu’on peut qualifier Ubik de Philip K. Dick d’ « obscur » mais pas le film de Mamoru Oshii)

    En réalité, le distributeur de Ghost in the Shell ne cherchait pas tant à faire du long métrage un succès commercial au cinéma qu’à profiter de l’exposition médiatique lié au film pour accroître les ventes de cassettes VHS (non, le DVD n’existait pas à l’époque). En 1995, il n’y avait que trois distributeurs vidéo : Kazé, AK distribution et Manga Distribution. Et le succès est au rendez-vous pour la VHS de Ghost in the Shell qui se place parmi les meilleures ventes en Angleterre et aux USA, suscitant soudain l’appétit de plus grands groupes.

    Pour l’histoire de la commercialisation de l’animation japonaise en Occident, Ghost in the Shell est donc une pierre d’angle. Coproduit avec un distributeur anglais, le film fait le tour du monde en remportant des critiques positives et en pulvérisant les records de l’époque au niveau des ventes de vidéo.

    Tout ceci est bien beau, me direz-vous, mais qu’en est-il du film lui-même ?

    Qu’est-ce qu’un être vivant ?

    En confiant les commandes du film à Production I.G et Mamoru Oshii, les producteurs savaient parfaitement ce qu’ils faisaient. Le réalisateur est à la fois connu pour sa série de mecha Patlabor se déroulant dans un Japon d’anticipation et pour ses adaptations pas toujours très fidèles mais toujours très inspirées comme le deuxième film de Urusei Yatsura (Lamu en français). Il avait réalisé le très beau Tenshi no Tamago (L’œuf de l’ange, 1985) avec Yoshitaka Amano à la direction artistique. Mais surtout, c’est un passionné de cinéma européen ce qui ne peut que plaire à Andy Frain et correspondre à son idée de mélange entre Orient et Occident.

    Oshii ne s’embarrasse pas vraiment de l’univers de Masamune Shirow (qui ne participe pas à la production) et se focalise avant tout sur le personnage du major Motoko Kusanagi. Il avait d’ailleurs expliqué à Kenji Kamiyama (réalisateur des séries télévisées GITS) qu’il ne comprenait pas ce personnage et que c’est pour cela qu’il l’a étudié dans son film.

    (À partir d’ici, il y a BEAUCOUP de spoiler. Rendez-vous à l’intertitre suivant si vous n’avez pas vu le film.)

    Dans la version d’Oshii, le major n’est pas décrite comme la badass à la tête d’une brigade d’intervention musclée. Certes, il y a deux scènes d’action mémorables où elle neutralise l’adversaire très efficacement. La première correspond à la séquence d’ouverture du film : elle contemple la ville du haut d’un building avant de se déshabiller et faire le saut de l’ange. Au passage, son corps est devenu invisible grâce à un camouflage optique et elle tire sur sa cible quelques étages plus bas, tout en continuant sa chute. La seconde est celle où, toujours invisible, elle maîtrise au corps à corps un hacker.

    Mais Kusanagi est avant tout une cyborg qui se pose beaucoup de question sur son identité. Elle a un corps artificiel depuis son enfance et doute parfois de la réalité de ses souvenirs. Comme la cybernétisation du cerveau rend le piratage de la mémoire possible elle s’interroge sur ce qui fait son caractère unique, ce qui la distingue finalement d’un simple robot. Trois séquences sans parole témoignent de ces questions de manière presque poétique. Dans le générique, un corps de cyborg est assemblé sous nos yeux. Comme un produit à la chaine, il passe d’étape en étape jusqu’à l’implantation du « ghost », la conscience d’un individu réel. Ce générique s’achève par le réveil de Kusanagi dans son appartement. Dans une autre séquence sans parole, le major en combinaison de plongée remonte à la surface de l’eau en fusionnant/brisant son reflet. Enfin, une longue balade dans la ville toujours sans parole mais en musique nous montre que Kusanagi n’est visiblement pas la seule à avoir le même corps cybernétique. Si l’apparence est identique (puisque fabriquée à la chaîne) qu’est-ce qui distingue un corps d’un autre ? La séquence s’achève avec des mannequins sans vêtement dans une boutique de mode au moment de la fermeture. L’image suggère là encore que l’identité doit être cherchée en dehors du corps.

    Si avec tout cela, vous n’aviez pas compris le cœur du film (qui n’est donc ni la vie de la section 9, ni l’affaire du Marionnettiste), deux longs dialogues renchérissent sur cette question de l’identité. Sur un bateau, Kusanagi discute avec Batou de ses doutes et son corps cybernétique appartenant à l’armée. L’entretien se termine par une voix qui n’est pas celle de Kusanagi. L’autre dialogue est bien sûr celui qu’elle a avec le Marionnettiste avant de fusionner avec lui. Il est une entité ayant pris conscience d’elle-même et se considère comme vivante. Pour cela, il a décidé d’assumer tout ce qui détermine un être vivant dont la reproduction et la mort. C’est pourquoi il s’est incarné dans un cyborg produit dans la même usine que le corps de Kusanagi et pourquoi il lui demande de fusionner afin de créer un élément nouveau et vivant. À la fin du film, le produit de cette union est transféré dans le corps d’une petite fille.

    Dans la lignée de Blade Runner, le film d’Oshii essaie donc de tracer la frontière entre le vivant et l’inerte tout en montrant l’importance des souvenirs, éléments permettant d’avoir une image des autres et une conscience de soi. Nous sommes assez loin des affaires de la section 9 même si le manga de Shirow s’achève également par un long dialogue avec le Marionnettiste dans des planches truffées de notes de bas de page.

    Échos hollywoodiens

    Le film de Mamoru Oshii a été bien reçu en partie car il est l’adaptation du manga de Masamune Shirow, auteur bien connu par les Américains. Sa série Appleseed (parue en 1985 au Japon) s’était fait remarquer par un éditeur de San Francisco (Studio Proteus) qui édite l’intégralité des volumes en anglais chez Eclipse Comics entre 1988 et 1992. Le succès est immédiat auprès du public américain qui découvre alors le manga. Il faudra attendre bien des années pour que la France bénéficie à son tour d’une traduction (1996, soit près dix ans plus tard).

    Pendant ce temps, le manga de Shirow est lu et assimilé par toute une génération d’artistes fascinés par l’héroïne testostéronée qu’est Deunan Knut. Les exosquelettes permettant aux militaires et aux terroristes de s’affronter dans des scènes d’action haletantes font également leur entrée dans l’imaginaire collectif. Il faut dire que ce manga est pile dans la tendance du moment : en 1986, James Cameron sort Aliens avec une héroïne qui n’a pas peur des armes et qui combat la reine des extraterrestres dans une machine-robot géante dans la scène finale. Pas étonnant que le réalisateur, soit fan de Shirow et fasse ensuite la promotion du film Ghost in the Shell.

    Attendu par un public déjà fan de l’univers de Shirow, le film possède sa touche particulière et propose un univers graphique est très innovant mélangeant images de synthèse et animation traditionnelle à la main sur celluloïds. Lorsqu’ils essayaient de convaincre Joel Silver de financer Matrix, les frères Wachowski lui avaient montré la vidéo de Ghost in the Shell en expliquant qu’ils voulaient faire la même chose en vrai. Le résultat est que Matrix n’est pas une version live du film d’Oshii mais qu’il lui emprunte beaucoup de détails comme la façon dont les personnages se branchent à des câbles par des trous dans leur nuque ou le générique de début où des chiffres verts sur fond noir s’affichent avant de devenir un titre. Le site everythingisaremix.info a d’ailleurs fait une vidéo sur les multiples influences de Matrix avec plusieurs extraits de Ghost in the Shell pour montrer les parallèles.

    De son côté, Steven Spielberg s’intéresse également à Ghost in the Shell. Par le biais de sa société Dreamworks, il a d’abord distribué le film Ghost in the Shell 2 : Innocence en dehors du Japon et fait en sorte qu’il soit en compétition pour le Festival de Cannes en 2004. Dreamworks a également édité le DVD et acquis les droits pour la production d’un film live en 2008. Depuis quelques temps de nouvelles rumeurs fusent sur ce projet d’adaptation. Margot Robbie (connue pour son rôle dans le Loup de Wall Street) devrait incarner Motoko Kusanagi et la réalisation serait confiée à Rupert Sanders (Blanche Neige et le chasseur, 2012).

    Pendant ce temps, Mamoru Oshii avait fait une sorte de mise à jour du film de 1995 en remplaçant certaines scènes par des images de synthèse et en convertissant une grande partie des images de synthèse vertes en teinte dorée. Ce Ghost in the Shell 2.0 est sorti en 2008.

    Actuellement, pour fêter les 25 ans de Ghost in the Shell, une exposition retrace l’histoire de la licence avec des commentaires de l’auteur original, des archives des films et bien sûr des goodies exclusifs dont un artbook.

  • Portrait Hiroyuki Imaishi

    Reconnu par le grand public depuis le succès de Gurren Lagann, Hiroyuki IMAISHI a le profil type de l’otaku ayant réussi. Après avoir gravi tous les échelons au sein de Gainax, il quitte le studio pour fonder le sien et propose aux amateurs une série déjantée où les combats et les retournements de situations se succèdent à un rythme effréné.

    Après une école d’arts, Hiroyuki IMAISHI devient intervalliste chez Gainax et travaille sur la fin de la série Evangelion. On peut trouver pire comme début. Au fil des ans, il prend du grade et s’épanoui en tant que fan d’anime de robots jusqu’à réaliser sa propre série : Gurren Lagann (2007). En 27 épisodes, il résume et transcende toute l’histoire des anime de robots. Accessoirement, les personnages sauvent la galaxie et permettent à Gainax d’avoir un succès commercial.

    Boobs and Bots

    Bien sûr, il fait sienne les deux mamelles de la réussite selon Gainax en mettant en scène des filles aux formes rebondies et des robots. Le fan service est notamment assuré par Yoko, sniper en bikini top dont la caméra ne s’éloigne jamais beaucoup afin de montrer au premier plan la poitrine bien fournie quant bien même il s’agirait d’un dialogue dramatique où le personnage qui parle se situe au loin au second plan. Dans Panty and Stocking, cette passion pour les robots et les filles culmine dans un épisode parodiant Transformers. Les deux anges déchus se querellent et prennent le corps d’Optimus Prime et Megatron. À la place des transformations de la culotte et des bas en armes, les personnages se métamorphosent comme dans la série de robots. Dans cette deuxième série réalisée par Imaishi, les poses lascives et les gros plans sur les attributs sexuels sont contrebalancés par le style graphique global qui rappelle plus Powerpuff Girl que Ghost un the Shell. Il faut dire que le scénario a été élaboré lors des vacances bien arrosées de l’équipe juste après la fin de Gurren Lagann. Chacun y est allé avec sa contribution et son envie quant à l’animation ou le design. Du coup, la série s’apparente plus à une expérimentation graphique délurée qu’à autre chose. Pour sa nouvelle série, Kill La Kill, Imaishi met en scène des combats de filles aux tenues affriolantes qui rappellent néanmoins les armures de robots géants. On ne change pas une paire qui gagne…

    Mais l’homme est connu est avant tout pour son talent d’animateur fou qui s’exprime pleinement dans Dead Leaves (2004), film réalisé chez Production IG. Dans cet opus dont le scénario est plus mince que l’arrière d’un string, tout est prétexte à la vitesse, au combat et aux explosions en tout sens. Fan de films d’action à la John Woo, Robert Rodriguez et Stephen Sommers, il met en scène l’évasion improbable d’un couple au design très particulier. Pour le public lambda, le film pourrait presque passer pour une séquence visant à déclencher l’épilepsie tant les aplats de couleurs et les effets spéciaux se suivent rapidement. Mais cet OVNI, où Imaishi assure presque tous les postes, permet à celui-ci d’être reconnu par ses pairs pour sa technique. Or l’animation n’est rien si elle n’est pas bien servie par un récit.

    Dick or Dig ?

    Heureusement, la même année il rencontre Kazuki Nakashima avec qui il travaille sur le premier épisode de Re : Cutie Honey. Les deux hommes ont les mêmes goûts et sont parfaitement complémentaires. L’auteur parvient à canaliser et donner un sens aux délires du réalisateur, qui donne vie aux élucubrations et rebondissements narratifs du scénariste. Ainsi l’obsession pour les foreuses, qui s’exprime dans Dead Leaves avec un personnage dont le phallus est une vrille géante, devient le thème principal de Gurren Lagann : le héros Simon creuse pour survivre puis son robot muni d’une foreuse transperce les ennemis dans un mouvement final. La vrille correspond aussi aux brins d’ADN des espèces vivantes en lutte avec un ennemi extraterrestre.

    De même Kill la Kill qui n’était initialement qu’une version féminine du manga Otokogumi (1974) mettant en scène l’affrontement de deux adversaires au sein d’un lycée, devient au fil des épisodes une réflexion sur le vêtement et la société de consommation ainsi qu’un roman d’apprentissage. Rassurez-vous, ces aspects plus sérieux sont soigneusement dissimulés dans un emballage très plaisant et humoristique.

    Vous ne verrez pas le temps passé car en fan de Yoshinori Kanada, Imaishi aime quand cela bouge dans tous les sens quitte à ce que l’on ne comprenne pas toujours tout ce qui se passe à l’écran. Et même quand il est en charge des planches de manga dans les épisodes de FLCL, il est capable de rendre les images censées être fixes plus dynamiques que bien d’autres plans plus animés de la série. Dans une séquence réalisée par Imaishi, vous aurez ainsi le décor en arrière plan très stylisé qui bouge, un personnage au premier plan qui bouge, une alternance très rapide de profondeur de champ et de cadrage qui font que vous voyez l’ensemble du corps puis une main ou une autre partie puis le reste de la scène en plan moyen, des effets spéciaux dans tous les sens masquant presque le personnage animé. Ça va ? Vous suivez toujours ?

    Bref, l’animation selon Imaishi est aussi dense que les scénarios selon Nakashima. Les deux font la paire et sont bien décidés à creuser leur trou dans le monde de l’animation.

  • Gainax ou l’invention du bouncing breast

    Bien avant que le twerk ne nous permette de voir bouger les muscles fessiers d’une manière inédite, les Japonais semblaient se passionner par les lois de la physique appliquée aux seins. Plus précisément, le mouvement de rebond des tissus conjonctifs adipeux qui affole tant les hommes. C’est au studio d’animation Gainax que l’on attribue généralement le développement du « Bouncing Breasts » (littéralement poitrine rebondissante), au point que l’on trouve régulièrement le syntagme « Gainax Bounce »… Et c’est à ça que la suite du texte va s’intéresser durant les dix prochaines minutes.

    Revenons à la fin des années 1980. Les maîtres nageurs ne couraient pas encore au ralenti et en maillot de bain sur la plage de Malibu dans Baywatch (début en 1989) que les héroïnes de Gunbuster (1988, Top O Nerae au Japon) enchainaient déjà les exercices physiques maltraitant leur poitrine. Pas besoin de ralenti, les poitrines rebondissantes ont pour caractéristique d’exagérer les mouvements naturels pour que tout le monde puisse profiter de la scène. Pour ma part, c’est presque aussi fascinant que regarder les desserts anglais à la gelée bouger en tout sens dans leur assiette…

    Mais la série de six OAV n’est pas une simple compilation de poitrines en mouvement. Il s’agit d’une sorte de Top Gun version science-fiction avec les deux ingrédients clefs à même de satisfaire les mâles nippons : des filles et des gros robots. Évidemment les tenues de combat sont plus proches du maillot de bain que des uniformes de Top Gun. On y retrouve aussi des références à la nouvelle de Robert A. Heinlein, Starship Troopers (1959 ; le film n’est sorti qu’en 1997) notamment à travers les ennemis insectoïdes. Il s’agit d’une vraie série de SF avec des séquences explicatives à la fin des épisodes pour être sûr que vous ayez tout compris au niveau des concepts scientifiques utilisés.

    C’était la première série dirigée par Hideaki Anno (Evangelion) et il a pris un plaisir certains à montrer les corps féminins sous un autre angle. Dès le générique vous pouvez admirer Noriko, personnage principal, marcher vers vous de manière déterminée, la poitrine ondulante. Le premier épisode montre les exercices physiques des jeunes recrues de l’armée. Il s’agit d’être la meilleure pour pouvoir piloter l’un des robots géants et faire partie de l’équipe d’élite qui ira à la rencontre des extraterrestres.

    Bien sûr Noriko saute à la corde et fait des pompes avec une caméra toujours bien placée pour un angle de vue « intéressant ». Et lorsqu’un autre personnage passe au premier plan, c’est uniquement pour que la jupe se soulève une fraction de seconde afin de laisser voir la culotte blanche… Les deux autres pilotes sont également des femmes au joli galbe que vous pouvez même admirer nues dans une scène de bain restée assez fameuse. Je ne vous dirais pas dans quel épisode vous la trouvez, car l’anime est vraiment très bon et que vous devriez le voir intégralement et pas seulement pour ses scènes-là.

    Des arguments de choc

    À la décharge des créateurs, il faut dire que le premier long métrage de science-fiction de Gainax, Wings of Honneamise (1987), était très sérieux et qu’il fut un échec commercial. Malgré toutes les qualités de l’animation et du scénario, il n’avait pas su atteindre le public de SF (ou le marché qu’il représente était trop petit). Du coup, Gunbuster est une sorte d’antithèse de Honneamise. L’anime affiche avant tout ses héroïnes peu vêtues pour attirer le public avant de l’embarquer dans un récit dramatique avec beaucoup de science-fiction en arrière-plan. Le bouncing Breasts vend mieux la SF que le reste.

    Par la suite, le Bouncing Breasts s’est aussi retrouvé dans d’autres médias populaires au Japon comme le jeu vidéo à travers la série des Dead or Alive de la Team Ninja. Bien sût d’autres jeux de combats avaient déjà initié le mouvement comme King of Fighters avec une Mai Shiranui dont le bonnet F n’était maintenu que par la pudeur entre les deux bandes de tissus lui servant de vêtement.

    En tout cas, nul doute que la 3D très rudimentaire du titre du premier Dead or Alive de 1996 a néanmoins aidé les adolescents à percevoir leurs premiers émois à la vue des poitrines rebondissantes des personnages féminins. Dans Dead or Alive 5, les développeurs ont même proposé aux joueurs de choisir l’impact de la gravité sur le rebond, au cas peu probable où certains ne souhaiteraient pas voir bouger autant les seins (genre cela vous perturbe lorsque vous tenter un combo…). Le plus pittoresque est de les entendre expliquer en interview qu’ils ont tenu à respecter la « physique » des seins des personnages de Virtua Fighter apparaissant en jeu.

    Pour en revenir à Noriko et ses copines, sachez que le succès de la série a permis à Gainax de poursuivre avec une recette ayant fait ses preuves et de créer un public de fans de SF bien plus conséquent. En parlant de science, sachez que le Bouncing Breast fait l’objet de recherches on ne peut plus sérieuses. Le professeur Joanna Scurr de l’Université de Portsmouth consacre son temps à étudier les effets de la pesanteur sur les tissus et ligaments qui forment la poitrine pour limiter la douleur. En effet, lors d’un jogging le sein peut bouger de 21 cm ce qui entraîne des distensions importantes que la plupart des soutien-gorge ordinaires ne limitent pas.

    Bref, s’il y avait un mot de la fin, ce serait celui-ci : « Noriko, CHANGE DE SOUTIF ! »

  • Kill la Kill : filles, fringues et baston

    Ça débute comme une série lycéenne où la nouvelle recrue affronte les différents clubs de sport et ça part rapidement dans une toute autre direction. De même que Gurren Lagen renouvelle les anime de robots géants, Kill la Kill revisite les combats sur campus. Beaucoup d’effets spéciaux, une animation fluide, un montage rapide et un scénario vraiment imprévisible font de cet anime un incontournable.

    Au début de la série, on pouvait avoir une impression de déjà vu avec une nouvelle lycéenne qui affronte les différents clubs en place avant de combattre celle qui gouverne ce petit milieu. Ajoutez à cela une sorte d’opposition de classe : d’un côté on trouve Satsuki Kiryuin, la riche et noble héritière d’un côté, de l’autre Ryuko Matoi, l’orpheline squattant dans une famille vivant d’arnaques ayant du mal à joindre les deux bouts.

    Dans cette série de baston, la seule chose qui change un peu est que les opposants sont des filles. C’est évidemment le bon prétexte pour placer des scènes un peu dénudées à chaque fois qu’elles enfilent leur uniforme de combat dont la puissance est inversement proportionnelle à la quantité de tissus… la séquence de transformation comme dans les bons vieux magical girls est l’occasion rêvée pour examiner le corps nu du personnage « sous toutes les coutures » si l’on peut dire. Accessoirement, c’est autant de minutes d’animation réutilisables simplement et parfaitement justifiées par le scénario (gain de temps, d’énergie et d’argent).

    Fast and furious

    Mais ceci est un leurre et dès que l’on pense avoir compris où tout cela nous mène, BAM ! Changement de direction. J’entends presque le scénariste (Kazuki Nakashima) se moquer de moi. Et il n’y pas un revirement de situation, pas deux ni trois. Il y en a presque tous les quatre épisodes, ce qui pour une série de 21 épisodes fait quand même beaucoup. En réalité, le scénario change aussi brusquement que les animations sont fluides et des combats déchaînés. Pas le temps de s’ennuyer dans cette série survoltée.

    Avec Hiroyuki IMAISHI aux commandes, on pouvait s’attendre au meilleur et c’est le cas. Connu pour Gurren Lagann et Dead Leaves, ce réalisateur est le spécialiste des séries vraiment animées où l’on n’attend pas dix épisodes de flash-back avant d’avoir le seul combat de la saison. En fan de Yoshinori Kanada, Imaishi aime quand cela bouge dans tous les sens, quitte à ce que l’on ne comprenne pas toujours tout ce qui se passe à l’écran.

    Dans le cas de Kill la Kill, il a trouvé le juste dosage entre vitesse et effet vintage avec beaucoup d’harmony cels et grosses typographies barrant l’image pour ponctuer le propos. Et quand il y a baston (à chaque épisode), on en prend vraiment plein les mirettes. Comme il y a toujours une bonne part de dérision et beaucoup de clins d’œil à la pop culture, le tout reste digeste.

    Il n’y a pas d’agonie dans un flot de sang s’éternisant sur quatre épisodes entrelacés de flash-back. Non, les personnages souffrent et se relèvent vite pour clore en beauté. On n’est pas dans Saint Seiya avec des gars se lamentant sur leur sort avant de trouver le sixième sens. Ici les filles mènent la danse et semblent pressées d’en découdre. Même l’épisode de flash-back est monté de manière humoristique et alerte : le récap’ de toute la série tient dans les minutes d’introduction avant le générique (avec une voix off qui accélère son débit crescendo). Il faudrait le revoir au ralenti pour être sûr qu’il y a bien tout.

    L’habit ne fait pas le moine

    Tout a débuté par une conversation bien arrosée dans un izakaya (restaurant où l’on sert surtout beaucoup d’alcool). Il s’agissait initialement de faire une version moderne et féminine d’Otoko Gumi, manga de 1974 mettant en scène l’affrontement entre un lycéen régnant sur l’établissement et un nouveau venu, champion d’arts martiaux mandaté pour le contrer. Cette série dessinée par Ryoichi Ikegami d’après un scénario de Tetsu Kariya est connue pour sa violence et le réalisme des combats. Le combat entre les lycéens se double d’une lutte impliquant les dirigeants du Japon.

    Si Kill la Kill reprend cette trame à ses débuts, la série joue très vite sur nos attentes et les codes de l’animation japonaise, un peu comme si elle illustrait le dicton : « l’habit ne fait pas le moine », c’est-à-dire que les apparences sont trompeuses. Vous pensiez qu’il ne s’agit que de baston avec des adversaires de plus en plus forts ? Raté : Mako Mankanshoku, le boulet qui semble n’avoir qu’une fonction comique se révèle être un élément clef pour sauver Ryuko d’elle-même. Vous croyiez que les vêtements procurant des pouvoirs surhumains ne sont qu’un prétexte facile pour des combats plus impressionnants ? Encore raté : la puissance qu’ils procurent est expliquée dans la suite du scénario de manière claire et précise. Vous n’êtes pas dans Lost. Il n’y pas de question sans réponse.

    Vous vous apprêtiez à crier au sexisme devant ces poitrines comprimées défiant la pesanteur (et suspendues par la pudeur ?!)… Mais très vite vous croisez un prof exhibitionniste (qui n’est pas le pervers que l’on croit) cherchant tous les prétextes pour s’effeuiller ; vous vous rendez compte que les hommes ont la même caméra qui tourne autour de leur corps nu quand ils endossent leur uniforme de combat. Et toute cette nudité qui peut sembler gratuite est justifiée par un autre twist du scénario. Ce n’est pas que du fan service !

    Vous l’aurez compris, Kill la Kill a de quoi séduire même les plus blasés. Nerveux, plaisant et bien réalisé, cet anime est l’indispensable de ce début d’année. Ne vous fiez pas à l’épisode 1 disponible légalement et gratuitement sur http://www.wakanim.tv. La série est vraiment un régal.