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Influences graphiques : estampe, manga, comics et art nouveau

Chez le grand public, les termes manga ou anime suggèrent en général la même image de personnage aux yeux immenses et aux traits stylisés. Cet aspect graphique a des origines précises. Je vous propose de voyager dans le temps pour comprendre les liens entre manga, comics et estampe japonaise.

On peut établir deux lignes d’influences assez étonnantes. La première concerne l’estampe japonaise, l’Art Nouveau et le manga. Trois époques, trois expressions artistiques qui relient l’Occident et l’Orient par de multiples courants d’influences.

Ces lignes de convergence liant l’Asie, l’Europe et l’Amérique nous rappellent qu’aucune œuvre ne se crée ex nihilo : elle naît toujours du souvenir d’une oeuvre antérieure.

Nous vous proposons donc un court voyage oscillant entre le Japon et l’Occident, de l’époque d’Edo jusqu’à nos jours pour découvrir les courants d’influences reliant l’estampe, la BD, le dessin animé des années 1920, l’Art Nouveau et la BD contemporaine.

Influences graphiques : estampe et manga

L’époque d’Edo (1603-1867) constitue deux siècles de calme relatif, durant lesquelles apparaissent de nombreuses innovations artistiques. Elles sont liées à l’essor d’une classe moyenne avide de plaisir et de raffinements.

Face aux écoles traditionnelles de peintures se développe l’estampe ou, pour employer le terme plus poétique et japonais, l’Ukiyo-e, « tableau du monde flottant ».

La pratique et la jouissance des styles de peintures plus anciens étaient souvent réservées aux seuls nobles. Au contraire, l’Ukiyo-e puise son inspiration et ses sujets dans le monde du plaisir (geisha et kabuki), la vie quotidienne, la nature, la mythologie ou s’adonne à des pastiches de toiles célèbres.

L’estampe japonaise comme la peinture participe d’une conception non-mimétique de la réalité. Alors que l’art occidental est fondé sur le clair-obscur, l’art japonais s’appuie sur le jeu des lignes, des arabesques pour, non pas représenter la réalité, mais pour l’évoquer.

Il s’agit de la suggérer et d’en donner une représentation poétique. Cette absence de soucis d’imitation de la nature explique sans doute pourquoi on reproche aux estampes japonaises leur uniformité, le fait que les visages se ressemblent tous.

De même, on reproche au manga son manque de diversité et de « réalisme ». En fait, il n’existe pas d’obligation de prima faciès dans le dessin japonais, puisque la nature ne doit pas être imitée mais évoquée.

Les aspects caricaturaux du manga dérivent sans doute de l’estampe et plus précisément, selon Thierry Groensteen, du style toba-e.

Héritier de ce dernier type de dessins humoristique les kibyôshi(à couverture jaune) sont des recueils d’illustrations ornés de texte qui constituent de petites histoires. Ils étaient fort appréciés au début XIXe siècle. On peut y voir un ancêtre encore plus proche du manga.

Ainsi, la BD et le dessin animé japonais héritent d’une tradition picturale basée sur les jeux de lignes et d’aplats. On peut d’ailleurs comparer l’utilisation des trames à celle des zones de couleurs dans l’estampe.

La relation graphique entre l’Ukiyo-e et le manga moderne a été explorée par Hinako Sugiura. Dans Asaginu (« soie du matin ») publié dans le magazine Garo en 1981, elle imite le style graphique de l’estampe japonaise de l’ère Edo.

Cette mangaka s’est aussi essayé à reproduire le style graphique et le format kibyôshi dans Hanageshiki Kitsune Kôdan (« histoires de renards à l’époque de la contemplation des fleurs », qui peut aussi se lire de façon différente et signifier : « pour ne pas être intoxiqué »).

Une dernière similitude est remarquable entre l’estampe et le manga. Grâce à la technique de gravure sur bois, l’Ukiyo-e est accessible à tous.

Si pour les tirages à grand public du « papier-torchon » est utilisé (comme de nos jours pour les « annuaire » de prépublication des manga), pour les tirages plus soignés, on emploie un papier très épais permettant le gaufrage, l’addition de poussière d’or, d’argent, de cuivre ou de mica.

De même aujourd’hui, les séries à succès bénéficient d’une édition de luxe avec des pages couleurs inédites.

Hokusai et le manga 

Parmi les artistes les plus importants de l’Ukiyo-e, il y a Hokusai, le « Vieux fou de dessin ». Il fut collaborateur d’écrivains, ami et illustrateur de poètes, visionnaire des grands paysages.

Il puisa dans toutes écoles, étudiant même la peinture hollandaise, pour acquérir la meilleure maîtrise possible du pinceau. Parmi ses multiples créations, il y a bien sûr la Manga.

Au début ce ne devait être qu’une série de croquis permettant à ses admirateurs de Nagoya de saisir sa technique de peinture. Au vue du succès du premier tome, les dessins s’accumulèrent pour aboutir à treize volumes de croquis, soit quatre milles planches retraçant le parcours pictural du maître. 

Manga, c’est étymologiquement « ga », dessin et « man », au gré de l’idée, au fil du pinceau ; ce qu’on pourrait traduire par « esquisses rapides ».

Si Hokusai est l’inventeur du mot manga, son oeuvre n’a que peu de rapport avec la BD dans sa forme actuelle. Le véritable père du manga moderne est Osamu Tezuka, lui-même héritier du dessin animé européen et américain.

Le style de Tezuka, imité et copié par des générations de dessinateurs, donne à la bande dessinée et à l’anime leur esthétique si éloignée de l’estampe.

Influences graphiques : estampe, japonisme et manga

Durant la période Meiji (1868-1912) et la Belle Époque (début XIXe), l’Ukiyo-e suscita un engouement considérable auprès du public et des artistes européens. Il amenait de l’exotisme et la découverte d’une forme différente d’appréhension du monde par le dessin.

L’estampe fut une révélation pour de nombreux artistes tels que Van Gogh (qui recopia de nombreuses estampes d’Hokusai et Hiroshige), Manet, Gauguin, Degas, Toulouse-Lautrec et les Nabis, pour ne citer que les plus connus.

L’estampe apportait du sang neuf à un art qui s’enlisait dans la morne répétition des styles des siècles passés. L’art occidental se tourne ainsi vers l’Orient pour trouver un second souffle, comme il s’inspirera de l’art africain pour se renouveler après la première guerre mondiale.

Le Japonisme

Le terme « japonisme » désigne les courants artistiques de la fin du XIXe siècle, inspirés par les estampes, motifs et objets d’art japonais.

L’influence japonaise remarquable au niveau des formats de tableaux utilisés : carré ou rectangulaire en hauteur (proche des kakemono japonais) est surtout notable dans le domaine technique. La ligne, la courbe et l’irrégularité de formes sont mises à l’honneur.

La synthèse et l’esthétique décorative priment sur la recherche du détail. La profondeur est niée au profit de l’utilisation d’aplats de couleurs.

Le « cloisonnisme » de Gauguin consiste notamment à cerner ces aplats, à les délimiter par un trait, ce qui rapproche cette technique à la fois de l’estampe japonaise et du vitrail.

En introduction de Samourai Champloo, on trouve d’ailleurs un rappel de ce japonisme.

Le Japonisme englobe entre autres l’Art Nouveau, reflet de la Belle Époque qui disparaît avec elle. Comme l’Ukiyo-e, son développement est lié à l’essor de la classe moyenne et à la volonté sociale de mettre l’art à la disposition de tous.

Les diverses expressions de l’Art Nouveau varient selon les particularismes nationaux et les tempéraments des artistes. Mais elles se distinguent toutes par un fort naturalisme, une stylisation végétale, une composition décorative et une volonté de synthèse.

Ce courant aux noms multiples (Modern Style, Jugendstil) tend à abolir les frontières entre arts graphiques et arts libéraux. Il englobe aussi bien la céramique, le mobilier, la joaillerie et l’affiche que la sculpture, l’architecture ou la peinture.

Pour les japonais, l’artiste le plus représentatif de l’Art Nouveau semble être Mucha, auquel une grande rétrospective fut consacrée à Tôkyô en 1983.

Dès 1900, plusieurs de ses affiches sont d’ailleurs redessinées pour faire la couverture de magazines d’art japonais. Curieusement Alphonse Mucha leur apparaît comme un artiste représentatif de l’art occidental alors qu’il s’inspire directement de l’Ukiyo-e.

L’influence de Mucha sur les artistes japonais fut sans doute déterminée par l’exubérance de ses arabesques, ses courbes élancées qui rappellent le tracé curviligne des estampes.

À la fascination des Européens de la Belle Époque pour l’Ukiyo-e répond l’admiration des Japonais pour Mucha et l’Art Nouveau.

La légende veut que Mucha devînt célèbre du jour au lendemain grâce à la commande improvisée d’une affiche pour Sarah Bernhardt, qu’il réalisa en une nuit.

Surtout reconnu pour ses talents d’affichistes et pour ses panneaux décoratifs, Mucha fut également un illustrateur à succès. Une grande partie de ses oeuvres est constituée de panneaux rectangulaires verticaux, lui permettant de faire figurer la femme, sujet central de son oeuvre, en pied et au centre du tableau.

Une flore luxuriante s’inscrit dans un motif décoratif et vient s’enrouler sensuellement autour d’elle. Langoureuse, radieuse et toute en courbe, la femme, parée de bijoux riches et chargés, est drapée dans une robe aux replis ornementaux.

Une chevelure savante aux volutes nombreuses et complexes encadre son visage. Un trait de contour plus épais souligne sa silhouette en la détachant des motifs végétaux. Souvent, un arceau ou une auréole forme un cadre autour de son corps.

Beaucoup moins contraignantes que les affiches, les séries de panneaux décoratifs pour paravents permettent à Mucha de laisser libre cours à son imagination.

Ces peintures couplées par paire de deux ou quatre représentent généralement des personnifications de notions comme les Quatre saisons, les Fleurs, les Arts, les Fruits.

En outre Mucha a réalisé des décors de théâtre, des bijoux en collaboration avec Fouquet, des meubles et toutes sortes de décorations. Comme d’autres artistes de l’époque, Mucha souhaitait réaliser une « œuvre d’art totale ».

Mucha, manga et anime

Le style Mucha, difficilement exploitable dans la BD en général, se retrouve surtout dans les illustrations et les supports publicitaires.

Ce n’est guère étonnant puisque les dessins de Mucha sont souvent destinés à faire la publicité de produits ou de pièces de théâtre. Aussi retrouve-t-on des images inspirées de cet artiste européen aussi bien dans le domaine de l’animation que dans celui du manga.

Clamp est sans doute le groupe d’artistes le plus inspiré par Mucha. Elles utilisent des cadres Art Nouveau et des compositions à la Mucha dans la plupart de leurs illustrations de RG Vedaet Raiyearth.

Kosuke Fujishima s’inspire tout particulièrement de Mucha pour son Ah My Goddess !, ses héroïnes se parant de robes aux nombreux replis, et dont les chevelures aux multiples arabesques n’ont rien à envier aux femmes de Mucha.

De même que Klimt avait exercé une influence bénéfique sur le monde de l’heroic fantasy du Slaine (1989) de Simon Bisley, Mucha est une source d’inspiration pour le monde heroic fantasy de Lodoss, d’Elver Z de Mikimoto, et de bien d’autres.

L’influence de Mucha est si flagrante qu’il vous suffit de comparer les images. Mais force est de constater que souvent des illustrations à la Mucha se révèlent n’être que de simples démarquages de peintures de Mucha.

C’est le cas d’une série de portraits des héroïnes de Sailor Moon, assises dans un cadre « Art Nouveau » simplifié, et dont les poses sont calquées sur celles des femmes de la série Les Pierres Précieuses de Mucha.

Notons enfin les nombreuses variations apportées au cadre végétal « Art Nouveau » par les mangaka. Masakazu Katsura et Clamp emploient notamment des formes décoratives biscornues pour les divers cadres mettant en relief les personnages.

Influences graphiques : Fleischer, Disney, Tezuka

Avant de poursuivre, revenons au début du manga moderne durant l’après-guerre. Tezuka, qui a jeté les bases de la BD et du dessin animé japonais, était profondément admiratif des pionniers du cinéma d’animation.

On cite beaucoup Walt Disney parmi les personnages ayant marqué Tezuka. Mais on oublie les frères Fleischer, dont la contribution dans le domaine technique, graphique et narratif est bien plus importante que celle de Disney.

Si l’on ne s’arrête qu’au niveau graphique, on peut remarquer une nette influence dans la manière de dessiner les personnages.

Un visage démesuré par rapport au corps, des yeux immenses ? Cette tendance à dessiner les traits des personnages comme ceux d’un bébé vient en partie du personnage phare des productions Fleischer dans les années 30s : Betty Boop.

La célèbre pin-up est non seulement le premier personnage principal féminin, mais elle est de plus l’un des premiers personnages animés destinée à un public adulte.

Les sous-entendus sexuels étaient nombreux dans les premières versions du dessin animé et le « boop-oop a doop » suggérait des activités fort peu catholiques.

Les lolita des anime et des manga japonais sont indirectement des descendantes de ce personnage de séductrice au corps de femme et au visage d’enfant.

La prégnance de la morphologie enfantine chez des personnages adultes se perçoit dans presque tous les dessins animés de l’époque. Mickey et Bugs Bunny ont vu leur succès croître à mesure que les traits de leur visage s’arrondissent et que leurs yeux s’agrandissent.

Tezuka, sous l’influence des frères Fleischer, dessine à son tour des personnages au visage enfantin. Et les nombreux mangaka s’inspirant du style graphique de Tezuka contribuent à généraliser cette manière de dessiner le visage dans la BD et l’anime japonais.

Ces caractéristiques formelles que le grand public identifie comme purement japonais sont à la base des traits spécifiques aux dessins animés occidentaux.

Cette manière de dessiner présente un double avantage. D’une part, la focalisation sur le visage et les yeux permet une plus grande expressivité. Le manga comme l’anime étant particulièrement centré sur les personnages, cette façon de dessiner met d’autant plus en valeur les protagonistes.

D’autre part, le caractère enfantin des visages pousse le lecteur à une plus grande « tendresse » envers le personnage. Les psychologues ont analysé le fait que les adultes ont des réflexes d’affection et de protection envers les êtres présentant des traits enfantins.

Ce n’est pas par hasard si les personnages de manga ou d’anime ont tendance à se transformer en SD. Cette déformation les rapproche encore plus de bébés.

Influences graphiques : manga, comics et BD

Le manga et l’animation japonaise exercent une influence remarquable sur de nombreux dessinateurs et non des moindres.

Rappelons que la diffusion de nombreuses séries télévisées japonaises dans les années 60 et 70 avait créé un important marché potentiel pour le manga. Des séries plus récentes telle que Robotech firent l’objet d’adaptation en BD par des dessinateurs américains.

Contrairement aux adaptations françaises (GoldorakAlbator ou Capitaine Flam), celles des USA étaient prises au sérieux, et l’adaptation d’anime en comics se poursuit aujourd’hui avec des titres comme Dirty Pair(débuté en 1989) et Bubblegum Crisis d’Adam Warren, ou Project A-Ko et Cyber City, diffusés par un éditeur spécialisé dans l’adaptation, CPM Comics.

Ces BD reprennent à peu près le graphisme japonais original, mais sont des œuvres originales dessinées par des américains. D’ailleurs, Bubblegum Crisis comme Dirty Pair sont initialement des anime qui n’existent pas sous forme de manga.

L’un des premiers artistes américains influencés par le manga est Frank Miller créateur de Sin City (1993). Il est un grand admirateur du Lone Wolf and Cub (Kozure Okami) de Kazuo Koike et Gôseki Kojima.

Miller créa, en outre, des couvertures inédites pour la version américaine de ce manga, dont il écrivit aussi la préface. Il s’en inspire également pour son comics, Ronin (1989). C’est grâce à lui que les éditeurs et le public américains s’intéressèrent sérieusement au manga.

Pour les autres dessinateurs américains, il est nécessaire de parler de l’influence croisée de l’animation et du manga. Les artistes américains comme ceux de l’Europe sont tributaires des éditeurs de manga et d’anime traduits, ce qui explique que les créateurs qui soulèvent le plus d’enthousiasme aux USA ne sont pas toujours les mêmes que de l’autre côté du Pacifique.

L’influence du manga et de l’anime sur le comics est telle qu’elle a fait l’objet de deux articles dans le magazine américain Wizard à moins de six mois d’intervalle dès 1996.

À ces occasions ont été interrogés sur leur passion du manga et de l’anime plusieurs artistes en vogue : Joe Madureira (Uncanny X-Men), J. Scott Campbell (GEN 13), Billy Tucci (Shi), Humberto Ramos (Impulse), Art Adams (Godzilla), Brian Pulido (Lady Death) et l’incontournable critique, Scott McCloud.

Il en ressort, sans grande surprise, que les principales oeuvres japonaises les ayant inspirées sont Akira pour l’anime et Ghost inthe Shell pour le manga.

Comme en Europe, Shirow jouit d’une très grande popularité. Aux côtés de Shirow et Otomo, on trouve des artistes comme Katsura (Vidéo girl Ai), Fujishima (Ah my Godess !), Sonoda (Gunsmith Cats), alors que Tezuka et Go Nagai ne sont cités que par deux personnes.

Du côté de l’animation, Ninja Scroll remporte un vif succès d’intérêt aux côtés d’autres anime des studio Mad House (Gunnm, la Cité interdite…).

Parmi d’autres exemples de collaboration ou d’hommage, on pourra noter que la parution de Devilmanmanga de Go Nagai, aux USA a donné lieu à de réjouissantes couvertures inédites dessinées par Frazetta et Bisley. Mike Mignola, admirateur Katsuya Terada (Blood, Sayukiden), lui confie le design des monstres pour l’adaptation cinématographique de Hellboy.

Au vu du développement du manga et de l’anime dans ce pays, on peut prédire un accroissement de l’influence réciproque entre japonais et américains.

En France, Jorodowki et Moebius ont fait offices d’ambassadeur du manga et de l’anime dans les années 80s et 90s, le créateur d’Arzach étant d’ailleurs interviewé à tout propos sur la BD japonaise.

Comme aux USA, Otomo et Shirow sont les deux grandes références. Parmi les artistes inspirés du manga, on peut citer Enrico MARINI, (La Colombe de la Place Rouge, Gipsy) qui revendique d’ailleurs l’influence japonaise sur son œuvre. La série Aquablue de Vatine, emprunte au manga les lignes de mouvements et certains mecha ne sont pas sans rappeler Patlabor.

De son côté, Glénat avait proposé deux BD dont le graphisme se veut similaire à celui du manga HK (1996) et Nomad (1994). L’éditeur est en quelque sorte l’initiateur du manga français ou Manfra.

Casterman a plutôt cherché plutôt à métisser la BD franco-belge et la japonaise, avec des titres comme L’Autoroute du soleil (1995) de Baru. D’autre part, l’ancien mensuel Yoko avait publié des BD d’amateurs inspirés par le graphisme du manga et des anime.

Si beaucoup de personnes ont pu avoir peur de ces deux média japonais, comme on avait peur du comics dans les années soixante, ce n’est plus le cas aujourd’hui.

D’ailleurs de nombreux éditeurs semblent n’y voir qu’une source de profit facile, le mot manga déliant le cordon de toutes les bourses. Le fait qu’une banque se serve d’un visuel publicitaire inspiré de Dragon Ball et de Saint Seiya en est une preuve.

Qu’en est-il de l’influence de la BD occidentale sur le manga ? Elle concerne surtout les comics et touche surtout le domaine de la SF et de la fantasy. Masakasu Katsura, grand fan de Batman, entraîne les personnages de Vidéo Girl Ai à une séance de cinéma où est diffusé Batman.

Dans Gunnm, on note la présence du héros de Slaine. Il existe aussi diverses réinterprétations de super-héros américains par des mangaka, telles que Batman par Otomo ou Spiderman par Ikegami.

Ainsi le manga apporte aux comics et à la BD franco-belge un second souffle, une approche narrative et picturale différente.

L’influence qu’il exerce dans le monde de la bande dessinée est en ceci presque comparable à celle de l’estampe sur l’art européen de la fin du XIXe siècle.

Inversement, le comics est une source d’inspiration pour le manga, qui s’enlise parfois dans les stéréotypes stériles.

En conclusion de ce parcours entre l’Orient l’Occident, on peut considérer que l’influence entre artistes du manga, du comics et du franco-belge devrait s’accroître.

Certains s’inquiètent déjà du risque d’uniformisation de la BD mondiale, qu’elle se fasse au profit du manga ou de tout autre type de BD. Ce serait déplorable, puisque ce sont les différences qui font notre richesse. Un artiste de talent restera toujours celui qui saura tirer le meilleur d’un genre pour créer un style personnel.

Mais plus que l’influence graphique, il faudrait analyser l’influence des modes de narration du manga et de l’anime sur la BD et le dessin animé.

Ce n’est seulement au niveau de la représentation que les media japonais apportent un nouveau souffle, c’est aussi dans la manière d’envisager le découpage des cases, la mise en page et la façon de raconter.

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Article initialement publié dans Animeland 26.

(Update avec la vidéo de Samourai Champloo en 2013)

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