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Plagiat ou hommage ? Telle est la question…

Roi Lion ou Roi Léo Witch ou Winx ? Yuki Suetsugu ou Takehiro Inoue ? Giger, Mucha ou Clamp ? L’œil aguerri des fans et des professionnels est pris d’une paranoïa totale à propos des plagiats. Qui a copié qui ? Qui a copié quoi ? Qui pensait s’en tirer à bon compte ou à coup de gros chèque ?

Parmi les scandales les plus récents, il y a les emprunts du premier Disney en 3D à la série animée Les Chevaliers du Zodiaque (Saint Seiya). Les forums japonais et les Tumblr pointent les ressemblances étranges entre les deux soeurs de La Reine des neiges (Frozen) et celles de la deuxième saison de Saint Seiya : Freya et Hilda de Polaris.

Dans Saint Seiya, Hilda veille à ce que les pôles soient toujours gelés. Mais un jour elle trouve l’anneau des Nibelungen qui change radicalement sa personnalité.

La douce prêtresse d’Odin se mue en une redoutable reine sans coeur et bien décidée à régner sur le monde. Seule sa soeur cadette Freya s’inquiète de cette transformation et elle va demander de l’aide aux chevaliers d’Athéna et notamment le chevalier du cygne. 

Dans Frozen, on retrouve un même duo sororal : l’aînée est la reine des neiges, la cadette fait tout pour la sauver avec l’aide d’un montagnard. Les deux intrigues vous semblent soudain bien plus proches qu’au départ, non ?

Décalquer, c’est permis ?

Parmi les autres scandales, il y a celui qui a opposé Yuki Suetsugu (Eden no hana) et Takehiko Inoue (Slam dunk).

Round 1 : octobre 2005, Inoue accuse Suetsugu de plagiat et fait retirer de la vente tous les manga de l’adversaire. La série, qui devait être traduite en anglais, devient un cas exemplaire de ce qui l’en coûte de copier un auteur à succès. Sur internet, plusieurs sites superposent les planches de Eden no hana et de Slam dunk afin de montrer la copie.

Round 2 : janvier 2006, le magazine Cyzo accuse Inoue d’avoir lui-même plagié des photo de joueurs de basket américain. Là encore, on trouve sur la toile des sites mettant en vis-à-vis les planches incriminées et les photo d’où serait tirée les dessins d’Inoue.

C’est l’histoire de l’arroseur arrosé. La question subsidiaire est alors de savoir si Suetsugu a copié Inoue ou les photo de la NBA… L’autre question est de savoir comment définir un plagiat.

Copier n’est pas jouer

Le problème est complexe car, dans toute création, il y a forcément la trace d’une œuvre antérieure. Rien ne naît ex nihilo, comme dirait un Latin à qui j’emprunte l’expression.

Cette tendance est renforcée par le fait que l’on apprend à écrire en copiant des écrivains, et à dessiner en copiant des dessinateurs. Les étudiants des beaux-arts se retrouvent ainsi dans les musées pour imiter les anciens maîtres, pendant que les romanciers de demain aiguisent leur plume dans des ateliers d’écritures.

En outre, beaucoup de mangaka ont commencé par parodier les séries qu’ils aimaient dans des fanzines (dojinshi) avant de se lancer dans une carrière professionnelle.

C’est notamment le cas du groupe Clamp qui au début imitait Giger pour les décors et Mucha pour les illustrations couleur. Depuis, elles ont fait des progrès en dessin et se passent de telle pratique.

Le système des assistants contribue aussi à favoriser l’influence graphique ou narrative d’un artiste sur les créateurs en herbe. Ainsi Takehiko Inoue a été l’assistant de Tsukasa Hojo sur City Hunter avant de se lancer en tant que mangaka. Tous deux ont pour particularité d’avoir un style très réaliste. En clair, il faut imiter avant de savoir créer de son propre chef.

Mais ce n’est pas parce que vous avez un mangaka célèbre et talentueux comme professeur que vous êtes condamné à faire de pâles copies. Rumiko Takahashi (Ranma 1/2, Inuyasha) a eu Kazuo Koike comme enseignant mais tous deux possèdent des styles et des univers propres.

L’influence du scénariste de Lone Wolf & cub et de Crying freeman sur la créatrice à l’humour déjantée de Lum (Lamu) et de Maison Ikoku (Juliette, je t’aime) n’est pas évidente au premier abord.

Enfin, il y a des cas où l’imitation est commandée dans une opération de marketing afin de promouvoir des jeunes auteurs et un artiste déjà reconnu. Il peut s’agir d’une série d’illustrations spéciales réinterprétant un personnage célèbre, ou de manga reprenant une trame ayant eu du succès.

Ainsi Dragon Ball relate les aventures d’un gamin à l’air idiot, mais très doué pour les arts martiaux. Il cache en son sein un dangereux extraterrestre qui se transforme en gorille les jours de pleine lune.

Curieusement, Naruto a pour thème un jeune garçon qui passe pour un cancre, mais qui est pourtant très talentueux dans l’art des ninja. Lui aussi est lié à un démon qui peut resurgir de son être.

Alors si plagiat et hommage sont des formes d’imitations, où est la différence ? Dans l’intention, dans la forme, dans l’œuvre plagiée.

Pas vu, pas pris ? 

Samurai 7 est un hommage au film d’Akira Kurosawa intitulé les Sept Samourais de 1954. Le titre est explicite. Les auteurs ont transposé l’univers chambara dans un monde alternatif où des technologies modernes apparaissent.

Fushigi no Umi no Nadia de Gainax ne plagie pas Le Château dans le ciel de Miyazaki. Tous deux sont des hommages à l’œuvre de Jules Verne. Tous deux sont issus d’une même commande de la Toho. Dans le cas de Nadia, l’hommage est clairement indiqué dans le générique de début et dans le premier omake (court-métrage bonus).

Le Roi lion de Disney est un plagiat du Roi Léo d’Osamu Tezuka : les intrigues et les personnages sont les mêmes. Dans les années 60 et 70, la série télévisée japonaise est diffusée aux États-Unis sous le titre de Kimba the white. En 1994, Disney met en scène un lion blanc nommé Simba.

La firme aux grandes oreilles a toujours nié le plagiat. Les Japonais ont pour leur part décidé d’y voir un hommage à Tezuka qui était un grand amateur du vrai Disney, même si la compagnie Disney a oublié de préciser en début de film qu’il s’agissait d’un hommage…

Preuve que les Américains se sentent coupables, ils ont essayé de racheter les droits du Roi Léo après le scandale.

Yuki Suetsugu a plagié Takehiko Inoue. On retrouve dans le shôjo Eden no Hana des personnages dans des postures identiques à celles qui apparaissent dans Slam Dunk et REAL.

Pour camoufler la copie, les vêtements et les décors ont été modifiés. La mangaka aurait également emprunté des éléments à Bastard !! et d’autres bandes dessinées. Elle a présenté ses excuses publiques et son éditeur Kodansha aussi. Takehiko Inoue a copié des photo de magazines de basket-ball pour les planches de Slam Dunk.

Mais il ne s’agit pas de plagiat car sinon, on devrait intenter un procès à tous les dessinateurs qui s’aident de photo pour mieux finaliser leur dessin.

La photographie présente l’avantage de ne pas bouger tandis qu’un modèle a tendance à ne pas rester suffisamment dans la même position (à moins qu’il ne soit mort ou que vous dessiniez à la vitesse de l’éclair dans un style réaliste et détaillé).

Malgré tout, le dessin ne fait pas un manga. Il faut aussi qu’il y ait un bon scénario, une mise en page et une narration captivante.

Les Winx sont un décalque des Witch de Barbucci & Canepa. Mais certains ajouteraient que la série reprend le principe de Sailor Moon, qui transposait le principe des sentai, groupe de cinq super-héros japonais en costumes fluorescents, qui remaniait le principe des super-héros américains en tenues flashy et moulantes.

Le style de Satan 666 (Kurokawa) ressemble beaucoup à celui de Naruto (Kana) mais ce n’est ni un plagiat, ni un hommage. Les deux auteurs sont simplement des jumeaux au style très proche.

Devant la multiplication des cas possibles, il faut donc toujours faire une recherche sur les intentions et la manière de faire une imitation.

Mais vous avez l’œil avisé et vous saurez reconnaître le plagiat (imitation souvent camouflée qui vise à s’approprier le succès d’autrui) de l’hommage (imitation ayant pour but de mettre en valeur une œuvre ou un artiste talentueux).

Vous saurez déterminer si le cas Marc Maggiori mis en avant par le site Catsuka relève du plagiat ou de l’hommage. Ce Français à repris en les déformant des décors de film de Miyazaki, des visuels issus d’Innocence (Oshii), Evangelion (Gainax), Blood the last vampire (Hiroyuki Kitakubo), etc…

Il s’en est servi pour un dossier graphique afin de promouvoir un projet de série télévisée actuellement en production. Certes, l’aspect iconique n’est pas tout. Mais on peut tout de même s’interroger sur les capacités graphiques de cet auteur.

En tout cas, l’affaire Inoue fait tache d’huile. Plusieurs sites s’amusent à révéler d’autres « coïncidences curieuses » entre Ikki Tousen et Tenjo Tenge ou entre les illustrations Ai Yazawa et des photo de personnages réels. Il va être de plus en plus difficile de plagier.


Initialement publié dans AnimeLand.

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