Studio Trigger et la passion du robot

Dans

Connus avant même la sortie de leur première série, les anciens du studio Gainax ayant fondé Trigger sont avant tout les créateurs de Gurren Lagann. Aujourd’hui ils continuent de rendre hommage au Super Robot tout en explorant des territoires inédits avec Promare et Darling in the Franxx.

Fondé par Hiroyuki Imaishi et Masahiko Ôtsuka, Trigger porte en lui l’esprit des débuts de Gainax où le but est de faire de l’animation par des fans pour des fans. C’est pourquoi la majorité de leur série de robot s’adresse à ceux qui reconnaissent à la fois les allusions techniques à de grand noms de l’animation japonaise, les références au genre du robot géant et les clins d’œil à la SF. Leurs œuvres se distinguent du reste de la production japonaise par leur caractère inédit et très pointu. Le studio tient à créer des œuvres originales et non des adaptations. En ce sens, Trigger met en avant ses artistes et tient à garder un style à part.

En quête d’inédit

Trigger se fait d’abord connaître par Kill la Kill et Little Witch Academia. Il faut attendre 2018 pour que le studio renoue avec le genre des robot anime par le biais de deux séries d’apparence diamétralement opposées : Darling in the Franxx d’Atsushi Nishigori et SSSS.Gridman d’Akira Amemiya.

La première est une création originale qui a pu déboussoler le public non aguerri qui peut croire que la pose très évocatrice des deux pilotes de robot est le seul intérêt de l’anime. Il n’en est rien. Derrière le côté volontairement provocateur, il y a un univers SF très cohérent où sont évoqués les questions de la sexualité, de la reproduction et de ce qui distingue l’humain d’une autre espèce vivante.

La trame emprunte des fils à plusieurs genres. Il y a d’une part les références à des récits folkloriques où un personnage humain s’allie à une femme animale, que ce soit les innombrables contes asiatiques où la femme est un esprit-renard ou les contes européens du type la belle et la bête. D’autre part, les ennemis évoquent à la fois Starship Troopers et les Borgs de Star Trek. En cela, l’anime s’appuie sur les clichés du Robot anime pour les dépasser.

De son côté, SSSS.Gridman est une version modernisée d’une vieille série de tokusatsu de 1993. Outre le talent des animateurs de Trigger, cet anime bénéficie du scénario du génial Keiichi Hasegawa qui reprend tous les codes du genre Henshin Hero pour créer un monde captivant. Le message est similaire à celui de la série Evangelion de 1995 : « cher spectateur, prend ton courage à deux mains et arrête de fuir dans un monde de fiction ». Mais la manière de délivrer ce message est bien plus humoristique.

Contrairement à Darling in the Franxx quin’a pas eu de suite malgré sa qualité, SSSS.Gridman est suivi de SSSS.Dynazenon (2021), se déroulant dans un autre univers, et du film Gridman Universe (2023), qui réunit les personnages des deux séries. Le tout forme un divertissement très réjouissant pour tous les amateurs de robots et de tokusatsu.

De son côté, le fondateur du studio, Hiroyuki Imaishi, a réalisé le film Promare (2019) avec son complice Kazuki Nakashima en tant que scénariste. Il parvient à créer un monde surprenant et un récit totalement imprévisible à partir d’éléments qui peuvent paraître très clichés. Les renversements sont si nombreux qu’il est impossible de les résumer.

Imaishi pousse l’aspect esthétique très loin en mettant à profit l’image de synthèse. Les codes couleurs et les formes géométriques dans Promare servent à la fois l’intrigue et donnent au film une qualité visuelle hors du commun. L’emphase des gestes et la rapidité des mouvements font des séquences d’action des moments d’anthologie où l’on ne sait pas où donner de la tête.

Le soutien des fans  

Les autres séries de Trigger puisent également dans l’imaginaire de la SF afin de mettre en image des situations contemporaines. Dans Kiznaiver, une expérimentation d’empathie totale vise à créer une situation où la paix sociale serait assurée. La majorité des œuvres met en avant la valeur individuelle qui ne doit pas être écrasée par des systèmes totalitaires qu’ils agissent au nom de la science ou des traditions. Mais dans le même temps, le génie individuel n’est efficace que lorsqu’il est mis au service d’une cause commune permettant aux autres talents de s’allier au combat.

Pour rester le plus indépendant possible, le studio a beaucoup fait appel à ses fans par le biais du financement participatif. La société a mis en place un financement via Patreon depuis 2018. En 2019, la version française de Promare en vidéo a d’ailleurs été partiellement financée via KissKissBankBank, plateforme de crowdfunding. De cette manière les fans peuvent à la fois suivre le développement des séries et soutenir directement les artistes.

Trigger comptent ainsi sur ses fans pour populariser l’animation japonaise dans toute sa démesure et sa folie créatrice.

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