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Portrait Hiroyuki Imaishi

Reconnu depuis le succès de Gurren Lagann, Hiroyuki Imaishi a le profil type de l’otaku ayant réussi. Après avoir gravi tous les échelons au sein de Gainax, il quitte le studio pour fonder le sien et propose aux amateurs Kill la Kill, série déjantée où les combats et les retournements de situations se succèdent à un rythme effréné.

Après une école d’arts, Hiroyuki Imaishi devient intervalliste chez Gainax et travaille sur la fin de la série Evangelion. On peut trouver pire comme début.

Au fil des ans, il prend du grade et s’épanoui en tant que fan d’anime de robots géants jusqu’à réaliser sa propre série : Gurren Lagann (2007). En 27 épisodes, il résume et transcende toute l’histoire des anime de robots.

Accessoirement, les personnages sauvent la galaxie et permettent à Gainax d’avoir un succès commercial.

Boobs and Bots

Bien sûr, il fait sienne les deux mamelles de la réussite selon Gainax en mettant en scène des filles aux formes rebondies et des robots.

Le fan service est notamment assuré par Yoko, sniper en bikini top dont la caméra ne s’éloigne jamais beaucoup afin de montrer au premier plan la poitrine bien fournie quant bien même il s’agirait d’un dialogue dramatique où le personnage qui parle se situe au loin au second plan.

Dans Panty and Stocking, cette passion pour les robots et les filles culmine dans un épisode parodiant Transformers. Les deux anges déchus se querellent et prennent le corps d’Optimus Prime et Megatron. À la place des transformations de la culotte et des bas en armes, les personnages se métamorphosent comme dans la série de robots.

Dans cette deuxième série réalisée par Imaishi, les poses lascives et les gros plans sur les attributs sexuels sont contrebalancés par le style graphique global qui rappelle plus Powerpuff Girl que Ghost un the Shell. 

Il faut dire que le scénario a été élaboré lors des vacances bien arrosées de l’équipe juste après la fin de Gurren Lagann. Chacun y est allé avec sa contribution et son envie quant à l’animation ou le design.

Du coup, la série s’apparente plus à une expérimentation graphique délurée qu’à autre chose. Pour sa série, Kill La Kill, Hiroyuki Imaishi met en scène des combats de filles aux tenues affriolantes qui rappellent néanmoins les armures de robots géants. On ne change pas une paire qui gagne…

Mais l’homme est connu est avant tout pour son talent d’animateur fou qui s’exprime pleinement dans Dead Leaves (2004), film réalisé chez Production IG. Dans cet opus dont le scénario est plus mince que l’arrière d’un string, tout est prétexte à la vitesse, au combat et aux explosions en tout sens.

Fan de films d’action à la John Woo, Robert Rodriguez et Stephen Sommers, il met en scène l’évasion improbable d’un couple au design très particulier.

Pour le public lambda, le film pourrait presque passer pour une séquence visant à déclencher l’épilepsie tant les aplats de couleurs et les effets spéciaux se suivent rapidement.

Mais cet OVNI, où Hiroyuki Imaishi assure presque tous les postes, permet à celui-ci d’être reconnu par ses pairs pour sa technique. Or l’animation n’est rien si elle n’est pas bien servie par un récit.

Dick or Dig ?

Heureusement, la même année il rencontre Kazuki Nakashima avec qui il travaille sur le premier épisode de Re : Cutie Honey. Les deux hommes ont les mêmes goûts et sont parfaitement complémentaires.

L’auteur parvient à canaliser et donner un sens aux délires du réalisateur, qui donne vie aux élucubrations et rebondissements narratifs du scénariste.

Ainsi l’obsession pour les foreuses, qui s’exprime dans Dead Leaves avec un personnage dont le phallus est une vrille géante, devient le thème principal de Gurren Lagann. 

Le héros Simon creuse pour survivre puis son robot muni d’une foreuse transperce les ennemis dans un mouvement final. La vrille correspond aussi aux brins d’ADN des espèces vivantes en lutte avec un ennemi extraterrestre.

Kill la Kill n’était initialement qu’une version féminine du manga Otokogumi (1974) mettant en scène l’affrontement de deux adversaires au sein d’un lycée.

Mais au fil des épisodes, l’intrigue se complique et la série devient à la fois un récit d’apprentissage et une réflexion sur le vêtement condamnant la société de consommation.

Rassurez-vous, ces aspects plus sérieux sont soigneusement dissimulés dans un emballage très plaisant et humoristique.

Vous ne verrez pas le temps passé car en fan de Yoshinori Kanada, Hiroyuki Imaishi aime quand cela bouge dans tous les sens quitte à ce que l’on ne comprenne pas toujours tout ce qui se passe à l’écran.

Et même quand il est en charge des planches de manga dans les épisodes de FLCL, il est capable de rendre les images censées être fixes plus dynamiques que bien d’autres plans plus animés de la série.

Dans une séquence réalisée par Hiroyuki Imaishi, tout bouge à un rythme frénétique.

Vous aurez ainsi le décor en arrière plan très stylisé en mouvement, un personnage au premier plan qui bouge, une alternance très rapide de profondeur de champ et de cadrage qui font que vous voyez l’ensemble du corps puis une main ou une autre partie puis le reste de la scène en plan moyen, des effets spéciaux dans tous les sens masquant presque le personnage animé.

Ça va ? Vous suivez toujours ? Bref, l’animation selon Imaishi est aussi dense que les scénarios selon Nakashima. Les deux font la paire et sont bien décidés à creuser leur trou dans le monde de l’animation.

Le seul souci est que leur série s’adresse à un public d’amateurs et sembler peu compréhensible pour des néophytes n’ayant pas en tête tous les codes du genre.

La dernière série d’Imaishi, Space Patrol Luluco (2016), ravira les fans par les clins d’œil à d’autres séries du studio Trigger mais pour le grand public la réception risque d’être plus complexe.

Pour retrouver les œuvres de Hiroyuki Imaishi, il faut se tourner vers l’import et les quelques titres disponibles sur les sites de vente officiels.

  • DVD de Kill la Kill
  • DVD de Gurren Lagann

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