Fullmetal Alchemist : le « grand œuvre » de Hiromu Arakawa

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Près d’un quart de siècle après ses débuts, la série Fullmetal Alchemist est toujours adulée par ses lecteurs et déclinée sur de tous les supports médiatiques. Comment expliquer cet engouement continu pour les aventures des frères Elric ?

Deux enfants mènent une opération alchimique de Transmutation Humaine… qui tourne mal ! Alphonse et Edward Elric voulaient recréer leur mère décédée. Suivant le principe de l’échange équivalent, il est impossible de créer quelque chose à partir de rien. Ils avaient alors accumulé les éléments chimiques d’un humain adulte et même ajouté quelques gouttes de sang pour correspondre à l’âme de leur mère.

Hélas, ce qu’ils demandent est trop précieux par rapport à ce qu’ils offrent. Résultat : Edward perd un bras et une jambe durant l’incident ; Alphonse, lui, perd tout son corps et son aîné parvient de justesse à attacher son âme à une vieille armure.

Ainsi débute Fullmetal Alchemist, manga de Hirumo Arakawa publié de 2001 à 2010. La suite raconte comment les deux frères tentent de retrouver leur corps tout en déjouant un complot à l’échelle nationale. En chemin, ils croisent des alchimistes d’état, font alliance avec des chimères, combattent des homoncules et retrouvent le père qu’ils croyaient disparu.

Tabous et échange équivalent

Ces aventures dans un univers où l’alchimie remplace en partie la science pourraient paraître assez anodines dans un marché japonais saturé de best-sellers. Mais Arakawa réussit à mêler action, enquête et ésotérisme dans une intrigue où les personnages secondaires s’avèrent parfois plus intéressants que les deux héros.

L’un des ressorts narratifs du manga est lié à la notion de transgression. Il est tabou de créer des humains et tous ceux qui ont tenté de le faire ont payé un lourd tribut. Izumi Curtis, qui a entraîné les jeunes Elric, a perdu ses organes internes après avoir tenté de faire revivre son enfant mort-né.

D’autres ont tenté de créer une pierre philosophale, mais découvrent que celle-ci requiert des sacrifices humains. Enfin, les ennemis sont généralement des humains artificiels liés au père des héros. Celui-ci se nomme Hohenheim, véritable nom de Paracelse (1493-1541), le fameux alchimiste de la Renaissance connu pour avoir décrit la méthode pour créer un homoncule.

Parmi les épisodes les plus marquants, il faut citer le chapitre 5 qui est le premier à relater la mort inattendue de personnages aimés des lecteurs. Pendant leur recherche sur la pierre philosophale, les Elric deviennent amis avec Nina, fillette naïve qui accompagne son père alchimiste, Shô Tucker. Ils arrivent trop tard pour la sauver. D’autres renversements de situation et morts de personnages sont particulièrement bien mis en cases et contribuent à faire de la série une œuvre qui dépasse le simple récit d’aventure.

Les rencontres des frères Elric permettent de mettre en perspective les actions de certains humains monstrueux et de chimères prêtes à se sacrifier pour une juste cause. D’autre part, les différentes fratries humaines doivent lutter contre une lignée d’homoncules qui sont comme des alter égos maléfiques . Leurs noms correspondent d’ailleurs aux sept péchés capitaux.

En mêlant ainsi aventure et archétypes inspirés de Carl Jung , Arakawa parvient à séduire un public qui lui reste fidèle. En 2009, la série était le quatrième manga le plus vendu au Japon et a reçu de nombreux prix. Elle permet aussi d’implanter durablement son éditeur français, Kurokawa, dans le paysage éditorial de l’hexagone.

Une Holstein discrète

Pourtant rien ne laissait présager que la jeune Hiromu Arakawa deviendrait l’une des artistes de manga pour garçons (shônen) les plus reconnues au début du XXIe siècle.

Fille de paysans, elle grandit avec ses quatre frère et sœurs sur l’île d’Hokkaido. Elle fait ses études au lycée agricole avant de travailler pendant sept ans dans la ferme familiale tout en prenant des cours de peinture. Sous divers pseudonymes, elle signe des illustrations et des strips de quatre cases pour des magazines de l’éditeur Shinseisha.

Lorsque celui-ci fait faillite en 1999, elle a la chance de gagner un concours de création de manga chez le concurrent, Square Enix. Elle se lance alors dans l’aventure de l’édition et déménage à Tokyo où elle fait ses preuves en tant qu’assistante avant de lancer plusieurs séries chez le même éditeur.

En 2001, elle se fait connaître avec Fullmetal Alchemist qui devient la locomotive du mensuel Shōnen Gangan. Lorsque la série s’arrête, les ventes du magazine chutent considérablement.

Malgré ce succès, Arakawa reste étonnement discrète. « Hiromu » est un pseudonyme masculin : l’éditeur américain de la série a d’ailleurs longtemps pensé qu’elle était un homme. Elle ne montre jamais son visage et se représente sous la forme d’une vache Holstein à lunettes.

Il faut dire que sa famille gère une ferme laitière, qu’elle est née au mois de mai (taureau en astrologie) l’année du buffle (en astrologie chinoise). Tout en travaillant sur Fullmetal Alchemist, elle a accouché d’un fils et ne semble pas vraiment avoir pris le temps de se reposer. Elle publiera Hero Tales (2006-2010) et Silver Spoon (2011-2019), tout en ayant deux filles.

La mangaka développe toujours en parallèle Nobles paysans (depuis 2006), son autofiction comique, et The Heroic Legend of Arslân (depuis 2013). Scénarisé par l’auteur des romans originels, ce manga est le récit d’initiation d’Arslân, jeune prétendant au trône d’une Perse de fantasy, peu préparé à la trahison de son armée.

Mais il arrive qu’Arakawa se mette en pause pour aider ses parents à la ferme. Les liens familiaux sont au cœur des préoccupations de Hiromu Arakawa dans ses fictions comme dans sa vie réelle. Et, malgré son succès, elle reste une acharnée du travail très secrète.

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