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Elementary : le plus féminin des Sherlock Holmes

Comme on l’a vu la dernière fois, Lucie Liu n’est pas la première Watson créée par CBS pour les besoins d’une adaptation de Sherlock Holmes et Elementary n’est pas un mauvais pastiche de Sherlock mais une version très féminine de Sherlock Holmes qui vaut mieux qu’on ne le croit en visionnant les premiers épisodes.

Ces nouvelles aventures de Sherlock Holmes relocalisées à New York sont en quelque sorte relatées du point de vue de Joan Watson : le spectateur découvre avec elle cet être étrange qui sort d’une cure de désintoxication et qui aide la police à résoudre les cas les plus ardus. Mais le début d’Elementary n’est pas vraiment convainquant et Joan Watson semble n’être qu’un faire-valoir sans saveur. La marraine d’abstinence d’un détective ex-junkie est un poids mort qui ne fait que remplacer le crâne à qui Sherlock avait l’habitude de s’adresser pour mieux raisonner. Le format de la série fait penser à Castle ou Bones : une enquête différente à résoudre à chaque épisode et une potentielle histoire d’amour entre les deux personnages principaux.

Mais rapidement, on se prend à guetter la suite de la série non pour les cas à traiter, ni même pour une histoire d’amour qui n’existera jamais entre Watson et Holmes (promesse des créateurs), mais pour l’évolution des relations entre les deux personnages. Oui, il n’y a pas que l’amour entre un homme et une femme. La palette de sentiments est bien plus large. En fait, dans cette version féminisée de Sherlock Holmes, l’ex-chirurgienne devient petit à petit un véritable détective et une partenaire intellectuelle. Le personnage que beaucoup décrivent comme misogyne débute donc la série comme étant soumis à une femme qui devient son égale.

De marraine à partenaire

Bien sûr, cela passe par plusieurs étapes. Réticente et sceptique à ses débuts, Watson se prend à aimer résoudre les énigmes et à appliquer les techniques de Holmes à des fins personnelles. Elle se rend ainsi compte que l’homme avec qui elle a un rendez-vous galant est en réalité marié. Après la période de parrainage, elle décide de mentir et rester avec le détective pour poursuivre les enquêtes. Elle lui trouve ensuite un autre parrain pour devenir son élève. Plus encore, elle le sauve. Habituée aux texto laconiques et écrits avec beaucoup d’abréviations de Holmes, elle se rend compte qu’un des messages qu’elle reçoit n’est pas de sa main et alerte la police qui retrouve le détective en mauvaise position.

En dehors de cette relation de prof à élève qui se met en place, les deux personnages sont complémentaires et se soignent mutuellement. Au début de la série, ils sont tous les deux dans le déni : Holmes estime que son problème de drogue n’est pas si important que cela, Watson pense que l’abandon de la médecine ne lui pèse pas. Ces blessures se résorbent en partie dans la saison 1 mais surtout dans la saison 2 où l’on en apprend plus sur le passé de Watson. Mais rassurez-vous, Elementary n’est pas une série larmoyante, toutes ces évolutions se font de façon délicate et non à coup de dialogues interminables.

Robert Doherty, créateur et scénariste de la série, a l’habitude des personnages féminins forts et sensibles. Il avait précédemment travaillé sur Star Trek: Voyager, Tru Calling et Medium. Entre la mère de famille nombreuse et la capitaine de vaisseau spatial, il a déjà eu l’occasion de faire ses gammes avec les figures féminines. C’est sans doute pourquoi Watson devient plus intéressante au fil des saisons et pourquoi Irène Adler est vraiment remarquable.

La Femme et l’ennemi mortel

Parallèlement à l’intrigue entre Holmes et Watson, il y a le fil narratif reliant Sherlock à Irène Adler. On apprend au fil des épisodes qu’elle a été l’amour de sa vie et qu’elle a été tuée par un certain M, tueur en série ayant l’habitude de torturer ses victimes en les laissant une mare de sang. Celui-ci refait son apparition à New York, laissant à Holmes une chance de se venger.

Mais M alias Sébastian Moran, n’est qu’un des nombreux lieutenants de Moriarty. Celui-ci est fasciné par l’intelligence de Holmes et le considère comme son égal. Après la mort d’Irène, le détective ayant sombré dans la drogue, Moriarty s’en est désintéressé, le laissant en vie alors qu’il avait initialement prévu de l’éliminer. La quête de vengeance de Sherlock se poursuit donc en arrière-plan des enquêtes durant la seconde moitié de la saison.

Si vous n’avez vu la fin de la saison 1, passez au paragraphe « Références et détournements ».

Si vous avez vu la fin de la saison 1 d’Elementary, vous savez que les choses ne sont pas si simples et qu’en réalité Irène n’est autre que Moriarty. Les trois épisodes de la fin de saison sont particulièrement bien menés et la joute entre Joan Watson et Jamie Moriarty se fait sur un plan intellectuel. Pas de crêpage de chignon entre deux femmes jalouses mais un duo parvenant à surprendre un génie du mal trop sûr d’elle. Ajoutez à cela le fait que Moriarty se moque de Holmes et des hommes en général, vous avez de quoi réjouir pas mal de femmes. Dans la saison 2, Moriarty revient notamment pour un épisode riche en rebondissements : elle n’est pas sans ressource même en prison. Quant à Holmes, on se rend compte qu’il avait déjà eu une relation compliquée et de longue durée avec une femme assassin.

Références et détournements

Si dans la saison 1 les références à l’œuvre de Conan Doyle sont distillées avec parcimonie, dans la deuxième saison elles sont bien plus présentes. Bien sûr, la série ne joue pas sur le fan service comme le fait Sherlock, feuilleton dont le format plus long en durée et plus court en nombre d’épisode permet de créer des intrigues bien plus denses reprenant les romans les plus connus (Le Signe des quatre, Une Étude en rouge, Le Chien des Baskervilles…). C’est sans doute pour cela que les Holmésiens préfèrent Sherlock à Elementary. Toutefois, Robert Doherty connaît bien les récits de Doyle et y fait régulièrement référence.

Parmi les clins d’œil les plus évidents, Holmes s’occupe de ruches sur le toit de son immeuble comme le personnage de Doyle se passionne pour l’apiculture quand il prend sa retraite. Il est capable de distinguer les différents types de cendres, écrit des monographies sur des sujets trop précis pour intéresser qui que ce soit, adore les langages codés et les serrures.

Outre Gregson dont le prénom original (Tobias) est transformé en Thomas, on retrouve un autre détective de Scotland Yard : Lestrade, devenu un accro à la célébrité acquise grâce aux déductions de Sherlock qu’il s’approprie. Mme Hudson est un travesti aux amours nombreuses et Mycroft s’occupe de multiples restaurants.

L’un d’eux se nomme d’ailleurs Diogène en référence au club que le personnage a fondé dans les récits de Doyle. Il a des problèmes relationnels avec son frère et les dernières secondes d’un épisode où il apparaît peut nous faire croire qu’il n’est peut-être pas du côté de Holmes. Certaines enquêtes peuvent faire penser à des nouvelles de Doyle mais elles sont débarrassées de leur côté fantastique. Les scénaristes se sont efforcés d’actualiser les récits et de coller à l’actualité avec notamment un épisode mettant en scène un clone de Steve Jobs.

Certes, Elementary ne révolutionne pas le genre policier et ne sera sans doute oublié dans une dizaine d’années, noyée dans la longue liste des héritiers de Sherlock Holmes. Néanmoins la série est agréable à regarder et tend à se bonifier au fil des épisodes. Espérons que la fin de la saison 2 et la saison 3 déjà programmée soient à la hauteur du final de la saison 1. Si c’est le cas, je reprendrai bien un peu d’Elementary en attendant la quatrième saison de Sherlock…

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