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Les femmes dans Sherlock (série de la BBC)

Les femmes dans Sherlock sont bien plus étonnantes que les personnages féminins originaux souvent confinés au rôle de victimes ou de fragiles clientes. Entre Irène Adler la dominatrice et Mme Hudson la danseuse exotique, on trouve beaucoup de figures féminines fortes et sûres d’elles.

Dans les récits de Conan Doyle, les personnages féminins ne jouent que des rôles mineurs, ce qui correspond à la place de la femme dans la société victorienne.

Elles sont essentiellement des clientes ou des victimes permettant au couple Holmes-Watson de montrer leurs compétences.

Le dédain affiché par le détective pour la gent féminine est à replacer dans le contexte de l’Occident du XIXe siècle. Éternelle mineure, la femme doit obéir au père avant se soumettre à son mari. Seules les veuves vivant de rentes sont indépendantes et respectables.

Dans le Sherlock de Moffat et Gatiss, la modernisation du récit s’accompagne d’une représentation plus contemporaine des rôles féminins dans la société même si au premier abord les scénaristes semblent rester très proches des textes originaux. 

Évidemment, avant de lire la suite, vous avez vu tous les épisodes de la série car l’article dévoile en partie toute l’intrigue.

Des victimes ?

C’est dans la saison trois qu’apparaissent le plus de clientes : une femme de ménage persuadée d’avoir dîné avec un fantôme, une lady haut placée dans le gouvernement, Mary Watson. Mme Hudson est elle-aussi une ancienne cliente de Sherlock comme on l’apprend cette saison.

Mais les femmes dans Sherlock ne sont pas tout à fait les pauvres victimes demandant au détective de les sauver. Par exemple, on apprend qu’autrefois Mme Hudson était une « danseuse exotique » et qu’elle dirigeait un cartel de drogue en Floride avec son mari.

De même Mary est mise dans la position de cliente par un John Watson choqué d’apprendre la véritable identité de sa femme.

Dès le premier épisode, les scénaristes jouent avec l’idée du féminin avec une victime dont tous les objets sont roses (valise, portable). Toutefois, selon Sherlock, celle-ci est plus intelligente que Lestrade et ses acolytes.

C’est grâce aux indices qu’elle a laissés qu’il parvient à trouver l’assassin. Dans le deuxième épisode, on pourrait croire que Soon Li Yao, spécialiste de poteries chinoises, est une victime.

On découvre par la suite qu’elle n’est pas vraiment une femme sans défense mais une voleuse ayant fait partie d’une organisation mafieuse.

Parmi les exemples du peu de cas que le Holmes de Doyle fait des femmes, il y a la nouvelle Charles Augustus Milverton : afin d’accéder au bureau d’un maître-chanteur, le détective séduit une femme travaillant pour celui-ci et va jusqu’à se fiancer ce qui choque Watson.

Dans la série, Janine, témoin de la mariée, devient la petite-amie de Sherlock qui la demande en mariage afin d’avoir accès au bureau de son patron. Mais vers la fin de l’épisode, elle rend visite au héros sur son lit d’hôpital pour lui montrer de quelle façon elle se moque de lui par le biais de la presse.

Cette vengeance ne figure pas dans le récit de Doyle mais constitue une juste revanche dans un monde moderne selon les scénaristes.

Enfin, la légiste Molly Hooper est elle-aussi un peu plus complexe qu’elle ne paraît. Dans la première saison, on pouvait croire qu’elle est une figure secondaire, amoureuse de Sherlock et victime de son indifférence.

En réalité, elle est l’élément clef pour le plan Lazare grâce auquel le héros se fait passer pour mort.

Sherlock joue ainsi avec les clichés et les récits originaux pour donner une représentation plus contemporaine de la cliente-victime qui n’est pas tout à fait sans défense.

Des sorcières ?

Comme dans les contes de fée, on pourrait croire que les femmes sont soit des victimes soit des sorcières. Il est vrai que plusieurs personnages féminins manipulés par Moriarty participent à la chute de Sherlock dans l’épisode final de la saison deux : une journaliste crédule, le sergent Sally Donovan travaillant avec Lestrade.

Le chef du gang mafieux chinois se révèle être une femme dans l’épisode deux de la première saison. Mary Watson est en réalité un agent secret qui n’hésite pas à tirer sur Sherlock pour préserver son identité.

Quant à Irène Adler, c’est un maître chanteur menaçant la sécurité de l’Angleterre.

On remarque de quelle manière ces personnages qui sont initialement secondaires ou relativement ternes deviennent des figures beaucoup plus complexe.

Dans les récits de Doyle, la femme de Watson ne joue presque aucun rôle dans les enquêtes. Cliente de Holmes dans Le Signe des quatre, elle hérite d’un trésor lié à la cité d’Agra en Inde et épouse le docteur.

Elle est visiblement morte lorsque Holmes revient à la vie ce qui permet au duo de se reformer sans heurt.

Dans la série de la BBC, Mary Watson devient un tireur d’élite et un agent secret dont les initiales sont A. G. R. A.

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C’est ce qui explique pourquoi elle reconnaît immédiatement un code secret lorsqu’elle reçoit un texto, pourquoi elle se souvient du numéro de chambre des invités du mariage alors que Sherlock en est incapable, et surtout pourquoi elle adore le détective : elle le comprend car elle est elle-même hors du commun.

Loin d’être un personnage négatif, son passé de tueuse la rend crédible en tant qu’épouse de Watson, médecin et ex-soldat n’ayant pas tellement hésité à tuer un homme pour sauver Sherlock dont il venait de faire la connaissance.

De la même façon, la véritable Irène Adler est un personnage assez terne. La seule raison qui pousse Holmes à la nommer « LA Femme » est qu’il n’est parvenu à ses fins lors de cette affaire. Il a été battu par une femme plus maligne que lui.

Il n’y a en réalité aucune histoire d’amour entre les deux personnages. Plus encore, la vraie Irène garde une photo compromettante en souvenir mais préfère rester auprès de son gentil mari plutôt que de faire des vagues. C’est donc simplement une bonne épouse très politiquement correcte.

Dans la série de Moffat et Gatiss, Irène est un vrai maître-chanteur avec une liste d’exigence qu’elle donne à Mycroft. Aussi intelligente que Sherlock, elle résout l’énigme du meurtre en pleine campagne sur laquelle Watson enquêtait.

Elle parvient à perturber le héros avec sa « tenue de combat » où il n’y a aucun indice révélant quoi que ce soit. Accessoirement, elle bat littéralement Sherlock avec une cravache.

Enfin, point le plus important, elle est lesbienne, détail qu’elle dévoile à Watson lors de leur première rencontre. Comme on le voit, la version modernisée d’Irène Adler est bien plus haute en couleurs que l’originale.

Si l’Irène Adler de Sherlock est explicitement gay et joue avec sa sexualité pour dominer les hommes, il y a beaucoup de sous-entendus homo-érotiques dont se jouent les scénaristes.

Mrs Hudson laisse entendre que John et Sherlock forment un couple gay et semble persuadée de cela jusqu’à la fin de la saison deux. Beaucoup de dialogues évoquent cette « bro-mance » de façon humoristique.

Ainsi, à chaque fois que Watson a une petite amie, les rendez-vous tournent courts de façon dramatique : entre la collègue qui se fait enlever et celle dont Sherlock confond le nom avec les précédentes, il semble qu’il n’a pas de place pour une femme entre les deux hommes.

Plus encore, dans l’une des versions expliquant la résurrection de Holmes, le héros embrasse Moriarty, visiblement l’amant pour qui il quitte Watson.

La version modernisée de l’univers de Conan Doyle joue ainsi sur les représentations des genres : les femmes dans Sherlock sont bien plus complexes que dans les récits initiaux et les hommes sont un peu ridiculisés.

Le tout est fait avec ingéniosité et humour afin de faire sourire les holmésiens et les spectateurs néophytes.

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