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Histoires de couv’ : IG Magazine 6, massive affect

Comme le graphiste avait trimé sur la double couverture d’IG Magazine 5, il fallait lui proposer une image plus rapide et facile à réaliser pour IG Magazine 6. Nous aurions pu faire une couverture Bayonetta, mais la plupart des visuels avaient déjà été vu partout et surtout, nous n’avions qu’un test et une interview.

Nous sommes alors plutôt partis sur l’option BioWare avec un article sur le studio, une longue interview sur Dragon Age et un autre sur Mass Effect. Pour réaliser la couverture nous avions à notre disposition une image fournie par EA : Shepard (héros de Mass Effect 1) et Miranda dans ce que je nomme la position « cul-poitrine ».

La plupart des graphistes (et des mâles) semblent doter les femmes d’une souplesse suffisante pour que sur la même image figurent à la fois les fesses et les seins. Certains Japonais comme Masamune Shirow poussent le vice jusqu’à faire un méga combo de trois éléments : cul-poitrine-foufoune. Si, si, si. Feuilletez Ghost in the Shell (tome 3 et 4) dans l’édition française et vous serez surpris par les angles de vue choisis.

Nous aurions pu mettre l’image telle quelle avec juste un fond coloré pour la couverture d’IG. Mais plusieurs éléments nous posaient problème :

  • La composition était telle que la tête de Shepard se retrouve pile au niveau des titres. Il aurait fallu déplacer le personnage pour le descendre un peu. Mais nous n’avions pas les deux personnages sur des fichiers séparés et il aurait fallu redessiner une partie du corps de Shepard…
  • Shepard étant le personnage joueur, la plupart des gamers l’ont façonné à leur goût et il arrive même que le Shepard de certains soit une femme. Le Shepard de l’image n’est donc pas très représentatif du jeu ou de l’univers.
  • Miranda nous a fait pouffer de rire. Quand je dis nous, je parle du bureau composé de trois filles, les maquettistes et graphistes masculins ne voyant pas du tout de quoi nous parlions.

Non, mais sérieusement, c’est quoi ce cul sans forme ?! La fesse droite est inexistante tandis que la fesse gauche est tellement rebondie qu’on dirait qu’on lui a injecté de la silicone. La torsion permettant d’avoir la pose cul-poitrine est évidemment irréaliste. Le sein est rond comme un ballon de volley miniature greffé sur un corps à la colonne vertébrale allongée et surtout la tête semble posée un peu au hasard quelque par là-haut où devrait figurer un cerveau. Mais une fille a-t-elle besoin d’un cerveau quand elle est capable de prendre la pose cul-poitrine ?

Ok, je suis de mauvaise foi et la Vénus de Botticelli est effectivement dotée d’un même cou de cygne totalement invraisemblable. Mais là, je trouve ça un peu risible. Jalouse ? Même pas. Disons que Bayonetta a au moins le mérite de faire des poses cul-poitrine sexy et graphiquement sympa, tandis que Miranda se contente de la pose syndicale.

C’est vrai quoi ! Au moins, la Japonaise prend des poses osées où elle étale ses seins par terre tout en relevant le cul avec impertinence, le tout avec un angle de vue mettant les doubles airbaigs avant et arrière en valeur.

Bref, nous avons demandé à EA s’ils n’avaient pas d’autres images à nous fournir. Et, la réponse fut… Non.

Bon, eh bien, dans ce cas-là, nous n’avions pas de plan B (grave erreur). Nous avons donc choisi de mettre en couverture un décor : la citadelle. Elle est le centre de la communauté galactique et c’est là que se déroule le final de Mass Effect 1. Le joueur y retourne dans Mass Effect 2.
Là, le graphiste est relativement content car il s’est contenté de mettre le beau visuel dans la forme du magazine.

Et là, nous avons fait le test sur des lecteurs potentiels avec un résultat catastrophique : « C’est un mag de quoi ? »

Visiblement, la Citadelle n’était pas immédiatement reconnue par les joueurs de Mass Effect et le visuel ne faisait pas assez jeu vidéo pour ceux qui n’ont pas de Xbox. Vu les mésaventures des précédentes couvertures, nous avons voulu limiter les risques. Il fallait donc mettre un personnage. Miranda ? Pas moyen. Shepard ? Pas le bon fichier. Nous avions aussi des images d’autres personnages de Mass Effect 2. Or, comme ils n’apparaissent pas dans Mass Effect 1, les joueurs et lecteurs potentiels ne peuvent les reconnaître dans le rayonnage bien blindé d’un marchand de journaux.

Nous nous sommes alors rabattus sur l’ennemi de Mass Effect 1 qui revient dans le deuxième volet de la saga SF : un Geth dont le design et la pose nous semblaient parfaits pour une couverture. Là, nous étions confrontés à un autre problème technique…

L’image choisie est un rendu 3D in game qui certes est doté d’une très bonne résolution, mais les textures habillant le personnage restent quant à elles avec une faible définition. En effet, on peut agrandir un maillage 3D à l’infini puisqu’il s’agit en réalité d’une image vectorielle tridimensionelle. Mais ce n’est pas le cas des textures qui l’habillent ! Ce sont des images bitmap qui une fois agrandies ressemblent à une espèce de grosse fiente de pixels. Bref, tout ça pour dire que, comme d’habitude, en plus d’être détourée, l’image a dû subir un gros lifting afin d‘être présentable… Le graphiste était bien sûr ravi de passer plus de temps que prévu sur cette nouvelle couverture.

Mais que voulez-vous, chez nous, nous estimons que même les robots ont le droit à la chirurgie esthétique !

Et qu’est-ce que ça donne une fois que tout est fait et mis en vente ? Les marchands de journaux, sans doute habitués au bout de cinq numéros, l’ont enfin mis dans le rayon jeux vidéo. Ouf ! Mais le format étant atypique, le magazine se retrouve souvent noyé derrière des concurrents au format plus grand. Comme quoi, la taille a son importance… en rayon.

À nouveau, une cohorte de râleurs est intervenue sur les forums :
—Pff, c’est moche on dirait de la mauvaise SF pour gamin
—Trop sombre, on ne voit pas ce que c’est
—Pire que la couv’ d’IG Magazine 4 avec la mort
—Trop PC

Certains ont même prodigué des conseils et estimé que nous aurions mieux fait de mettre Shepard au lieu d’un Geth.

Qu’à cela ne tienne ! Personnellement, j’aime bien le Geth car il m’a permis de faire le jeu de mot le plus pourri de la terre pour annoncer l’arrivée d’IG Magazine 6 : « Geth who’s coming soon ».

Moralité : Parfois les agrégations de Lettres Modernes servent à faire des jeux de mots honteux en anglais.

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