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Zelda et la pub : l’adorable, le bizarre et le drôle

Les pub pour Zelda à la télévision française ont un petit côté déprimant. Il faut croire que certaines exigences du marketing brident les créatifs. Pour rire un peu, il faut replonger dans les toutes premières publicités pour Zelda.

Zelda III publicité

Dans les pub récentes, les images se doivent d’insister sur les fonctionnalités de la console : Wiimote, double écran, puis portabilité. À défaut de transmettre le plaisir de jouer, ces courts métrages auraient au moins pu être ludiques !

Dans les spots les plus récents, un ou des joueurs apparaissent en pleine action. Un panel de consommateurs explique en quoi la 3D est trop sympa pour le remake d’Ocarina of Time

Liv Tyler fait semblant d’être très excitée par le maniement du stylet dans Phantom of Hourglass. Pour Twilight Princess, nous avons eu droit à un gamer agitant Nunchuck et Wiimote, au fond de son canapé face à son écran plat. 

Cette façon de présenter le titre comme un logiciel ludique permet de mieux mettre en valeur les consoles et de faire comprendre au public non joueur que l’on parle bien d’un jeu vidéo. 

D’ailleurs, la première publicité occidentale pour The Legend of Zelda en 1988 mettait en scène deux adolescents (nécessairement bourgeonnants et à lunettes) commentant les images du jeu sur fond de rap made in Nintendo. 

Le rap étant perçu comme lié à un public jeune à cette époque, un rappeur noir sert à vanter Zelda : Link’s Awakening sur Game Boy… sans doute afin d’avoir une variation sur le « Ze Ze Ze Zelda ! »

Dans une autre version, les images du jeu alternaient avec celle d’un jeune homme en pleine crise de puberté hurlant « Zeldaaa » et d’autres termes caractéristiques du jeu. 

Dans les versions plus récentes, l’adolescent semble toujours aussi immergé en jeu. Mais il se retrouve avec d’autres personnes.

La publicité française pour Zelda III montrait un gamin commençant le jeu et vieillissant rapidement au fil du spot. À la fin, un squelette joue à Zelda car il n’est toujours pas parvenu à la fin.

La série ayant dépassé le quart de siècle, certaines publicités tentent de joueur sur l’aspect patrimonial. Ainsi, Robin Williams joue à Zelda sur 3DS avec sa fille dont le nom est lié à la princesse de Nintendo. 

Par ce biais, le marketing américain tente de faire de ce titre un objet de l’on peut partager entre deux générations à la manière dont les Japonais partagent Mario. Plusieurs publicités ont été tournées avec Zelda Williams.

Mais Zelda étant un action-RPG, il fallait bien à un moment où un autre montrer que le joueur incarne un « rôle » dans un univers heroic fantasy. C’est ce qu’essaient de nous faire comprendre les publicités à travers diverses versions de Link…

Jouer Link

À la fin des années 1980 en France, nous découvrions un film des plus kitsch : un blondinet aux cheveux longs, habillé en vert comme Link, court à travers une sorte de château médiéval en hurlant «Zeeeldaaaaaa !» à maintes reprises. 

Une voix masculine débite un discours repris en écho par une voix féminine (sans doute pour mettre plus de poids et de profondeur dans le propos). Les images du blond en collant alternent avec des celles du jeu vidéo.

Et, trouvaille de génie du réalisateur, au moment où la voix off nous propose de « [plongez] dans l’aventure ! », l’incarnation de Link tombe dans le vide…

Aux États-Unis, la même version existe mais cette fois-ci, la publicité essaie de vendre Zelda II (The Adventure of Link). Lors de la sortie de Zelda II en France, les images du premier opus ont été réutilisées : seuls le discours et les visuels du jeu ont changé. 

Là encore, c’est du grand art, avec une voix off qui nous dit « Interrogez ses habitants ! » alors qu’en image, un personnage dit à Link : « I cannot help you ».

Pour Zelda III (A Link to the Past), l’acteur incarnant Link change : plus bouclé, il est vêtu d’un costume plus élaboré sur fond de montagne et d’éclairs. Dommage que cette version américaine ne soit pas parvenue chez nous.  

Ce qui est assez drôle, est que le héros américain est nécessairement avec un physique bodybuildé alors qu’en jeu, vous incarnez un jeune elfe.

Dans la publicité pour Zelda Link between two worlds, le héros est censé être un homme lambda qui est projeté dans le monde fictif. On est en quelque sorte passé de l’idéal masculin à l’homme médiocre mais plus commun entre les deux publicités.

Si Link est toujours un homme en Occident, les Japonais n’ont pas peur de donner le rôle du héros toujours vert à une femme. À l’occasion de la sortie de Zelda III, les gamers nippons ont droit à un clip sur fond de dance/rap. 

Link, Zelda et les autres personnages dansent en suivant une chorégraphie qui hésite entre Thriller de Michael Jackson et la techno… Mention spéciale pour le Ganondorf en latex qui semble tout droit sorti d’une série livetype Bioman.

Pour Zelda: The Minish Cap, la publicité japonaise met également en scène une fille. Au début, on peut avoir l’impression qu’il s’agit d’une simple écolière dans la rue.

C’est à ce moment qu’elle se retourne et voit des chaussures géantes : elle a été réduite en un être miniature comme Link en jeu.

Dans une autre publicité japonaise pour Zelda, des marionnettes sont utilisées pour mettre en scène les personnages en jeu. L’aspect enfantin et très mignon du spot pour Link Awakening est vraiment très engageant.

Des marionnettes sont également employées dans une publicité pour Zelda : Four Swords.

Contrairement aux publicités qui tente de matérialiser le monde de Zelda dans notre quotidien, d’autres spots télévisés montrent la porosité de notre univers avec celui de la fiction.

C’est le cas de Zelda : Majora’s Mask où la pub montre un joueur sauvant le monde de la destruction. La lune rouge est alors présente à la fois dans les images du jeu et dans le supposé monde « réel ». 

La porosité entre le monde réel et l’univers fictif est mise en scène de plusieurs campagnes récentes. Des objets tombent du ciel pour Skyward Sword qui se déroule dans des îles volantes.

En cette période écologique où le recyclage semble de mise, la publicité américaine pour Spirit Tracks montre un gamer dans le métro qui se métamorphose en train comme il apparaît dans le jeu.

C’est une reprise élaborée de la publicité anglaise vantant le Zelda : A Link to the Past sur Game Boy Advance… Là aussi, le métro se remplit de personnages du jeu.

Le seul héros muet

Si le Link hurleur de 1989 est si marquant, ce n’est pas seulement parce qu’il figure dans les plus vieux souvenirs de publicité, c’est surtout parce qu’il fait une chose totalement improbable : il parle.

En jeu, Link ne s’exprime jamais. Ce sont les personnages non joueurs (PNJ) qui font avancer le dialogue et l’histoire.

Dans une publicité pour Zelda : Wind Waker, une silhouette féminine raconte la légende du héros dont la destinée est de… la sauver ! C’est l’une des publicités occidentales mettant en scène la princesse Zelda.

Ce qui est vraiment drôle, c’est que le jeu ne met pas vraiment en scène une princesse recluse dans une tour attendant son sauveur. Bien au contraire, Zelda est une pirate.

Le site américain IGN a ainsi montré un trailer de film live Zelda avec des images qui évoquent Le Seigneur des anneaux (avec un budget moindre). Bien sûr, c’est un poisson d’avril.

Mais l’équipe de Rainfall Films a respecté la mutité du héros tout en évoquant des passages d’Ocarina of Time et Twilight Princess.

Dans un autre genre, le silence de Link est au cœur de Zelda : A Heart for the Hero. Ce court métrage en Flash de Matthew Seely a été réalisé pour ses cours et pour notre plus grand plaisir.

Link essaie d’acheter un cœur mais comme il ne s’exprime que par gestes et par cris, il n’arrive pas à se faire comprendre du vendeur.

Le silence du héros est sans doute initialement lié à des contraintes techniques. Il a en tout cas permis aux scénaristes de créer des personnages qui sont de moins en moins secondaires. 

Dans Ocarina of Time, la prolixe fée Navi sert de guide pour l’exploration d’Hyrule. Dans Twilight Princess, l’accompagnatrice est Midona, qui se moque du héros lorsqu’elle ne le chevauche pas (quand il est sous sa forme de loup). 

Dans Phantom Hourglass, outre une nouvelle fée loquace, on trouve le truculent Linebeck, marin aussi bavard que couard. Quant à Spirits Tracks, il fait la part belle à Zelda, princesse qui a bien évolué depuis sa première apparition. 

De simple objet de quête, elle est devenue une alliée lors du combat final, une guerrière travestie en homme, une pirate… 

Dans Spirits Tracks, le personnage est revisité avec humour : Zelda devient une coquette qui se préoccupe plus de sauver son corps que le monde. Finalement, la mutité de Link a du bon : elle a permis l’émancipation des princesses.


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Depuis la publication de l’article, des lecteurs québécois m’ont conseillé cette interview du comédien Robert Brouillette, qui avait participé à des pubs pour Nintendo dans les années 1990.

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