Masamune Shirow
Voici un vieil article que j’avais écrit en 1996 ou 97 pour Kaméha. C’était un peu court mais, il n’y avait pas beaucoup de place !
La notoriété de Shirow n’est plus à faire et, aux USA comme en Europe, il inspire de nombreux artistes : de Vatine (Aquablue) à Joe Madureira (X-Men : Age of Apocalypse).
Né à Kobe, Shirow a étudié la peinture à l’huile aux Beaux Arts et enseigné pendant quelques temps avant de se consacrer au manga qu’il réalise sans l’aide d’assistant. Après plusieurs BD-amateurs il se fait remarqué des Éditions Seishinsha avec Black Magic et entre dans le monde du manga professionnel avec Appleseed : succès assez rapide, surtout à l’étranger où il suscite beaucoup d’admiration. Il est sans doute avec Ôtomo le mangaka le plus occidentalisé. D’ailleurs il s’inspire à la fois de films et de séries américaines et de dessins animés japonais comme Gundam.
Presque tous ses manga ont été adaptés en dessin animé, signe du succès que rencontre cet auteur qui pourtant reste anonyme, Shirow étant un pseudonyme, et personne n’a encore réussi à le photographier. Dans l’univers de Shirow, technologie de pointe et mythologies se mêlent en un cocktail plus ou moins réussi où le lecteur peut percevoir, au choix, une variation sur les éléments essentiels au succès commercial (filles, flingues, fun et gros robots) ou une réflexion sur l’avenir de l’humanité et la nécessaire coexistence harmonieuse de l’homme, la nature et la technologie.
Des femmes de fer
Impulsive, volontaire, plutôt caractérielle mais étonnement efficace, la femme occupe un rôle central dans les manga de Shirow. Fluette et presque sans féminité, la silhouette de l’héroïne se muscle au fil des manga pour devenir très sensuelle : les formes généreuses de la sculpturale Kusanagi, soulignées par des combinaisons moulantes et des poses provoquantes, en ont fait fantasmer plus d’un. Les relations de l’héroïne et des machines sont de plus en plus étroites : Léona bichonne son tank comme un être humain ; Dunan raffole des landmates et son coéquipier et ange gardien est un cyborg ; Kusanagi est elle-même un cyborg, mi-femme mi-machine. En plus de l’héroïne, il existe toute une galerie de plantureuses femmes d’action (Annapuma et Unipuma) et de femmes de pouvoir (Athéna et Niké).
D’une manière générale, la femme est la garante d’un certain ordre et de la liberté : dans Orion, Kushinata se sacrifie pour purifier le monde de la présence du mal, Dunan empêche le super-ordinateur Gaia de décider du sort de l’humanité. Plus prosaïquement, elle fait partie d’une brigade d’intervention aux méthodes musclées et souvent illégales, qui assure la sécurité intérieure d’un pays. Et les mecs dans tout ça ? Ils font un peu figure de second rôle, dont le caractère plus réfléchi tempère celui de l’héroïne (Ahle et Briaros). Quant aux membres des brigades, ils sont avant tout présentés comme des professionnels du combat.
Cyborg et androïde
Fasciné par la technologie, Shirow tente d’aborder de manière réaliste le développement des intelligences artificielles, de l’armement et des autoroutes de l’information, d’où peut-être les nombreuses notes dans Ghost in the Shell et la création d’un Data-Book (Appleseed V). Dans l’univers de Shirow l’homme et la machine tendent à se confondre. Le système de l’exosquelette permet de faire des armures de combat des prolongements du corps humain ; la cybernétisation décuple les capacités humaines par l’adjonction de composants électroniques et de membres mécaniques ; l’homme devient reproductible sous forme de clones, les androïdes, dont le rôle est d’aider les humains à vivre en paix.
Ainsi les machines s’humanisent tandis que l’homme se déshumanise, si bien que la frontière entre l’être vivant et la machine devient problématique. Shirow s’interroge aussi sur les effets pervers du progrès technique sur la nature (pollution à outrance dans Dominion) et les rapports humains. Il aurait sans doute pu prendre comme devise la phrase de Rabelais : “science sans conscience n’est que ruine de l’âme.”
Fusillades et enquêtes douteuses
Mais si on lit Shirow, c’est avant tout pour les époustouflantes scènes d’action rythmant une intrigue souvent compliquée où complots, magouilles et trafics divers se mélangent assez sordidement. Fusillades et combats au corps à corps très réalistes sont mis en relief par une mise en page dynamique et les mecha sont rendus vraisemblables par une grande maîtrise du dessin technique et un foisonnement de détails. Les robots et armures de combats de Shirow sont d’ailleurs souvent plagiés aux USA comme en Asie.
C’est dans Ghost in the Shell que la combinaison de l’action et de la réflexion semble la plus réussite, ce qui explique sans doute son adaptation en film d’animation à gros budget par le célèbre Mamoru Ôshi (Patlabor, Tenshi no Tamago). Le film ne reprend qu’un épisode du manga et le character design très réaliste s’éloigne assez du style de Shirow. Même si les fans restent sur leur faim et reprochent au film d’être plus un anime d’Oshi qu’une adaptation fidèle de Shirow, il reste un grand moment d’animation à voir absolument.






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