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Incipit My Hero Academia : You can be a Hero!

La meilleure série de super héros n’est pas éditée par Marvel ou DC. Elle est publiée par Shueisha : My Hero Academia. Si l’univers peut faire penser aux X-Men avec la multiplication des mutants, sa morale dérive des récits épiques traditionnels. My Hero Academia (Boku no Hīrō Akademia) combine le meilleur des comics et du shônen manga. Voici pourquoi le premier chapitre est un chef d’œuvre épique.

La première planche de la série présente un univers hostile où le héros, Izuku Midoriya, est harcelé physiquement et moralement par d’autres garçons de son âge. Il n’a que 4 ans et il sait déjà que le monde est injuste : certains sont nés avec des pouvoirs, d’autres en sont dépourvu. Lui, n’a aucun talent inné, aucune mutation.

Dans cet univers de fiction, les mutants sont parfaitement intégrés à la société. Certains se servent de leurs capacités extraordinaires pour commettre des crimes alors que d’autres les mettent aux services des forces de l’ordre. Être un super héros est un métier prisé.

Où les rêves sont raillés

À partir de là, le jeune Izuku Midoriya a deux options. Il peut choisir la voie de la victimisation ou du anti-héros (ce qui revient en réalité au même). Mais comme tout véritable héros Izuku continue de rêver envers et contre tout. C’est pourquoi il est régulièrement la cible des railleries et de violences de ses camarades de classe. 

Ceux-ci veulent le dissuader d’avoir un quelconque espoir de réussite dans la vie. D’ailleurs, ils le surnomment Deku, terme évoquant l’expression Dekunobô (木偶の坊), c’est-à-dire un pantin, un être inutile. 

Le désir de réussite est perçu comme insupportable par ceux qui ont des mutations. Son principal bourreau, Katsuki Bakugô, lui conseille même de se tuer pour espérer renaître avec des mutations dans une prochaine vie.

De même, à notre époque il est impossible de montrer un vrai héros sans trente couches de second degré, de cynisme ou de distanciation temporelle (« c’était les années 50 »). Les adultes ne veulent pas voir de héros car ils ont été incapables d’en devenir un.

Dans My Hero Academia, la réaction de la mère de Deku est également symptomatique de notre époque. Elle ne l’encourage pas. Elle le traite comme une victime et pleure en s’excusant. Elle n’a que des larmes à lui offrir lorsqu’il explique qu’il désire être aussi fort que All Might, le plus puissant des super-héros. 

Mais le pire est à venir, le faible Deku manque de mourir lorsqu’il est sauvé par son idole, All Might. Il en profite pour lui demander s’il peut espérer être un héros lui aussi en travaillant dur. Réponse sans appel : NON. Mais tu peux t’engager dans la police, petit ! Ils servent aussi à quelque chose quand même…

Le véritable héroïsme

Après cette discussion avec All Might, Deku pense qu’il est vraiment temps d’abandonner ses rêves. Et My Hero Academia pourrait presque s’arrêter là.

Pourtant, son idole semble lui aussi un être normal. Lorsqu’il n’a pas son apparence officiel (dont le graphisme évoque le style des comics), il n’est pas la musculature aussi saillante. 

Plus encore, il a été gravement blessé il y a cinq ans de cela et il est en réalité un homme à la silhouette maladive. Si Superman peut changer de costume, dans My Hero Academia All Might modifie son corps.

D’autre part, All Might avoue qu’il a peur de la mort et qu’il n’est pas aussi courageux qu’il le paraît. S’il sourit face aux dangers, c’est avant tout pour se convaincre lui-même. Il applique en cela la morale du samouraï. 

Le vrai samouraï ne doit jamais donner l’impression qu’il faiblit ou qu’il perd courage. Il doit aller de l’avant courageusement comme s’il était sûr de surmonter l’épreuve. Sinon, à quoi sert-il ?

Hagakure (XVIIIe siècle)

La conversation avec All Might soulève aussi une autre question qui sera développée plus tard dans My Hero Academia (voir l’arc narratif consacré au « Tueur de Héros » Stain).

Si les super héros et les policiers font la même chose, en quoi les premiers se distinguent des simples fonctionnaires ? Est-ce vraiment le bien commun et la défense des personnes en danger qui motivent les héros ou l’argent et la célébrité ?

A cela, All Might répond dès ce chapitre par une définition simple de l’héroïsme : le héros est celui qui n’a pas peur de sacrifier sa vie.

Cette idée de dépassement de soi n’est pas nouvelle. Elle se retrouve aussi bien dans la philosophie stoïque que dans la voie du Samouraï (bushidô). Elle passe presque pour une platitude de nos jours car personne n’a le courage d’y croire.

Après cette longue série de désillusion, au moment où le héros abandonne, le chapitre opère un renversement. Katsuki Bakugô est attaqué par le même monstre qui l’a agressé quelques pages auparavant.

Même s’il n’a pas de pouvoir, et qu’il s’agit de son bourreau, Deku court vers le monstre pour essayer de le sauver. 

La double page est parfaitement composée. Le champ/contre-champ des deux visages d’adolescents terrorisés est suivi par la folle course de Deku. Pourquoi agit-il ? Parce que tout son corps le pousse à sauver un autre humain en danger.

Bien sûr, l’action de Deku est totalement inutile contre le monstre. Il ne semble avoir réussi qu’à devenir une nouvelle proie. 

Mais cet acte courageux pousse alors All Might a intervenir et à vivre selon les préceptes qu’il venait d’énoncer à Deku : être un héros, c’est être prêt à sacrifier sa vie.

Suite à ce sauvetage, All Might fait de Deku son protégé et lui dit enfin les paroles que sa mère aurait dû lui dire dix ans plus tôt : « Tu peux être un héros ! »

Ainsi se conclue ce premier chapitre de My Hero Academia : un immense message d’espoir encré sur la dernière planche après 55 pages de railleries et de mépris pour l’idéal du héros.

Bien sûr, le parcours est loin d’être facile et les retournements de situation seront nombreux.

Mais en empruntant la voie du véritable héroïsme, le personnage principal en vient aussi à adopter son surnom Deku, qui selon l’un des personnages féminins peut aussi évoquer l’expression dekiru (できる), être capable, être possible.

Et c’est cette tension entre l’être inutile et le héros en devenir qui fait tout l’intérêt de la lecture de My Hero Academia.

Les images ont été prises à partir de la version anglaise de My Hero Academia. Pour la version française, voir l’édition chez Ki-oon.

Le manga original créé par Kohei Horikoshi est publié dans l’hebdomadaire Weekly Shônen Jump depuis juillet 2014. Il s’est écoulé à 16 millions d’exemplaires en 2018.

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