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Callipyge ou l’admirable derrière

Bien avant l’avènement du twerk et des selfies, les femmes savaient se mettre en valeur en cambrant les reins pour imiter la Vénus Callipyge. Ce n’est pas une insulte ni une ode à l’obésité, mais un critère de beauté toujours d’actualité.

Les beaux derrières ont été remis en avant aussi bien par les photographies de Kim Kardashian que les clips de Nicki Minaj. Qu’ils soient capables de servir de plateau à champagne ou à étouffer un prétendant, ces culs proéminents renvoient à un critère de beauté ancien.

Aujourd’hui la chirurgie esthétique permet d’injecter du silicone ou du gras pour lutter contre les fesses plates. Autrefois, les femmes se servaient de dessous pour augmenter visuellement leur postérieur.

D’ailleurs, avant d’être un gros coussin posé sur le sol, le pouf était un faux-cul, un rembourrage placé au bas du dos pour faire bouffer la jupe au XIXe siècle.

L’obsession des femmes pour le beau derrière vient de son attrait sexuel chez les hommes. Une taille fine et des hanches larges seraient des marqueurs de fertilité biologiquement attractifs.

Des fesses rebondies mises en valeur par une contorsion volontaire ne fait qu’accroître cet attrait sexuel. En ce sens, toutes ces femmes tentent d’imiter sans le savoir la Vénus Callipyge.

Vénus Callipyge ?

Initialement, le terme callipyge (καλλι ́ πυγος) est une expression servant à qualifier la déesse de l’Amour (Aphrodite chez les Grecs / Vénus chez les Romains). Elle signifie simplement « aux belles fesses ». 

Calli– est le terme désignant le beau que l’on retrouve à la fois dans calligraphie (belle écriture) et callisthénie (belle force/beau corps). Son contraire est cacopyge avec le même préfixe négatif que dans cacophonie (son horrible).

La Vénus Callipyge était vénérée à Syracuse. Seule une statue de marbre nous permet aujourd’hui de témoigner de son culte. La sculpture la représente en train d’admirer ses jolies fesses rebondies.

Il s’agit de la copie d’une ancienne statue grecque qui aurait été créée vers 300 avant Jésus-Christ. Cette statue a été copié à plusieurs reprises et plus ou moins rhabillée selon les époques. Mais le geste reste identique : la jeune femme regarde ses fesses par-dessus son épaule en découvrant ou non le tissu qui les recouvre.

Cette Vénus aux belles fesses est évoquée à la fois dans les contes de La Fontaine et les chansons de Geoges Brassens. 

Que jamais l’art abstrait, qui sévit maintenant

N’enlève à vos attraits ce volume étonnant

Au temps où les faux culs sont la majorité

Gloire à celui qui dit toute la vérité

Comme le souligne Tristan Bernard, « La Vénus callipyge avait un bel avenir derrière elle. » Surtout à une époque où la photo est omniprésente pour vendre des magazines. 

Elément cul-turel

Que ce soit Jennifer Aniston pour la couverture de Rolling Stone (1996) ou Scarlett Johansson pour celle de Vanity Fair (2006), les images de belles actrices fesses à l’air ne manquent pas.

Dans les clips, les tenues échancrées de Shakira, Beyoncé ou Nicki Minaj mettent également en valeur la fesse et la cuisse. Et ces images de croupe cambrée sont célébrées comme autant de marque de « girl power ».

Ces jolis derrières, qu’ils soient siliconés ou élevés au régime alimentaire américain sont toutefois moins impressionnant que les vraies fesses musclées des femmes athlètes.

Admirez les cuisses et le derrière des championnes de CrossFit ou les silhouettes des grimpeuses professionnelles. 

Vous comprenez à présent que Chun Li a des cuisses totalement normales par rapport à sa discipline martiale.

Critère de beauté, marqueur de bonne santé, la fesse ronde est appréciée aussi bien par les femmes que par les hommes. Il n’est donc pas étonnant qu’elle soit mise en valeur dans les illustrations et les images de jeu vidéo.

Que ce soit Chun-Li ou Cammy (Street Fighters) Ivy (SoulCalibur) ou Nina Williams (Tekken), les héroïnes callipyges ont toujours eu des attributs féminins hypertrophiés dans les jeux de combat.

C’est d’ailleurs l’un des intérêts de ces jeux vidéo japonais : montrer des personnages à la fois hyper féminins et ultra puissants dans des poses et des tenues improbables car il s’agit d’un univers fantaisiste. 

Bayonetta pousse l’exubérance et les clins d’œil sexuel encore plus loin. Les figures féminines de Dragon’s Crown ou les femmes de Hyung-Tae Kim appartiennent à cette même mouvance baroque où les courbes sont hypertrophiées.

Hypocrisie contemporaine

Malheureusement, nous sommes dans une période où l’hypocrisie domine et où les offensés professionnels vouent leur carrière à détruire tous les plaisirs. 

Au nom d’une morale nécessairement supérieure et indiscutable, il faut cacher les tétons (voir mon article là-dessus) et faire disparaître les courbes féminines. 

Sauf s’il s’agit de célébrer les personnes atteintes d’obésité morbide, parce que… c’est faire preuve de tolérance.

Dans cette ambiance délétère tout peut devenir scandale dès qu’une voix s’élève dans les réseaux sociaux. Les studios de jeu vidéo semblent presque passer plus de temps à faire des excuses aux sujets de tweets supposé misogynes, transphobiques, etc. qu’à développer des jeux. 

De même, les sites de jeu vidéo en ligne ressemblent étrangement à des équivalents de magazine people où les rumeurs sur les célébrités sont remplacées par les dernières indignations de la twittosphère.

Bien sûr, cette tendance est accrue par le fait que les féministes sont souvent plus préoccupées par les supposés problèmes de représentation dans les mondes imaginaires que par les problèmes de vraies femmes dans le monde réel. 

Dans le cas du jeu vidéo, l’une des dernières « affaires » concerne un message de SNK promouvant Samourai Showdown qui serait sexiste et mettrait mal à l’aise certaines joueuses professionnelles. Le compte officiel s’est confondu en excuse et a effacé les tweets supposés offensant. 

Certes, je peux comprendre que les créatures fictives de la licence soient impressionnantes. Elles arborent des courbes généreuses, des tenues extravagantes maintenues par la pudeur et elles sont des expertes en arme blanche. 

Mais ce n’est pas nouveau. La série existe depuis 1993 et s’adresse toujours à un même public amateur de jeux de combat… avec les mêmes types d’images sexy.

Pourquoi devoir s’excuser maintenant de choses qui sont au cœur même de l’univers de fiction ? Parce que c’est le progrès et que l’on est meilleur aujourd’hui ? 

En quoi est-ce un progrès d’empêcher les gens de plaisanter ? Je n’y vois qu’une nouvelle restriction de la liberté d’expression. Un plaisir sadique dans la destruction des sources de plaisir d’autrui.

De même que les artistes ont progressivement rhabillé la Vénus Callipyge, aujourd’hui certains demandent la disparition des beaux derrières.

Sécurité contre liberté

Au nom du politiquement correct, le mot d’ordre actuel est de créer un environnement inclusif, un monde plus sûr. Si l’intention semble louable, en réalité la pratique n’est qu’une nouvelle forme de censure. L’enfer reste pavé de bonnes intentions.

Autrefois, la censure était surtout assurée par les religions. Le cul d’une déesse callipyge ne peut rester à l’air.

Aujourd’hui elle est mise en place par des groupes d’intérêt divers souvent présentés comme « progressifs ». Au nom de la tolérance envers une minorité, il faut museler la majorité. Si la représentation des fesses n’est pas encore proscrit, il est interdit de signaler son attrait sexuel.

Dans tous les cas, la censure est présentée comme une mesure de défense des plus faibles. Protégeons les personnes les plus fragiles ! Qui pourrait aller contre un tel argument si ce n’est un monstre dépourvu d’empathie ?

En réalité, quoi que l’on fasse et il y aura toujours une personne pour se sentir offensée à juste titre ou non. L’environnement inclusif est en fait un espace où toute forme d’expression est hautement contrôlée et où n’importe qui peut être lynché. Comme dans 1984, tout est inversé.

D’autre part, il est illusoire et stupide d’espérer créer un monde plus sûr. Prôner la sécurité au détriment de la liberté, c’est concrètement nier toute forme d’autonomie et de responsabilité. Il s’agit d’une infantilisation méprisante.

Or être adulte c’est justement devoir se confronter à des choses désagréables, surtout lorsque celles-ci sont en nous. Pour apprendre, nous devons faire face aux revers et en tirer les conséquences.

Ne jamais subir d’échec est se condamner à ne pas vivre pleinement, à n’éprouver qu’un ressentiment grandissant envers ceux qui osent.

Ce type de comportement est lié à une féminité toxique. Il rappelle les mères abusives refusant de laisser leurs enfants grandir et les quitter. Elles les chérissent tellement qu’elles veulent les protéger de tout et ainsi les garder sous contrôle.

Le résultat de tant d’amour est une entité infantile, puer aeternus, exigeant constamment l’attention de tous, réclamant la protection de potentielles victimes, parlant au nom de personne ne l’ayant jamais sollicité ou élu comme représentant.

Internet et les réseaux sociaux ont sans doute exacerbé cette tendance des Peter Pan haineux et des mères trop aimantes à vouloir rendre le monde plus sûr, c’est-à-dire empêcher les autres humains de faire ce que bon leur semblent, d’apprendre de leurs erreurs et d’inventer des choses inédites.

Or, être adulte c’est précisément couper le cordon ombilical. Tous les rites de passages se marquent par la mort de l’enfant et la renaissance en tant qu’homme.

Il s’agit de sortir de la zone de confort car comme l’indiquait le vieil ermite dans Zelda, le monde est dangereux est le héros doit apprendre à se servir de ses armes pour partir à l’AVENTURE.

En cédant au harcèlement moral de la meute, les studios finiront par tout perdre. Aujourd’hui, ils exigent des excuses. Demain, ils brûleront les jeux.

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