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Japanese way of life ?

Il y a plusieurs années de cela, j’avais écrit un article sur le Japanese Way of Life comme une version concurrente de l’American Way of Life. C’était avant que le Japon lui-même ne décrète que le manga et l’animation font désormais partie du Soft Power au même titre que l’ikebana ou le kabuki. Depuis lors, les choses semblent avoir évolué vers une meilleure acceptation de la pop culture japonaise.

Devant l’engouement des adolescents et des jeunes adultes face à la BD et aux dessins animés japonais, certains s’inquiètent ou dénoncent une politique commerciale agressive voire une volonté de colonisation culturelle.

Qu’en est-il réellement ? Le modèle japonais va-t-il s’exporter et s’imposer comme l’a fait l’American way of life  durant l’après-guerre ?

Diffusé par le cinéma hollywoodien et les produits de consommation de masse tels le coca-cola, le chewing-gum, le rock-and-roll, ou le blue-jeans, le modèle culturel américain s’est exporté partout dans le monde durant l’après-guerre.

Alors que l’Europe et l’Asie souffraient de pénurie, et devaient fournir un important effort de reconstruction, l’Amérique était en pleine croissance. C’est pourquoi ce pays a été souvent pris comme modèle politique, économique et social.

En liant la notion de loisir à celle de culture et de consommation, les États-Unis ont ainsi essaimé leur façon de vivre et exporté leurs biens de consommation partout dans le monde. Il me semble que, dans une moindre mesure, on puisse parler d’un phénomène similaire avec le Japanase way of life.

Renversements curieux : les médias français avaient massivement importé des dessins animés japonais en raison de leur faible coût à l’achat ; ils crièrent ensuite à la colonisation des esprits par ces mêmes « japoniaiseries ».

Pendant ce temps, les institutions officielles du Japon avaient cherché à promouvoir la grande culture japonaise, c’est-à-dire sa littérature, sa peinture, l’art zen.

En fait, ce sont les manga et les anime qui rencontrent le plus de succès auprès du public américain et européen. Aussi les institutions officielles doivent-elles intégrer la BD et l’animation dans la grande culture, alors que ces deux médias étaient considérés comme populaires, commerciaux et sans réelle valeur artistique.

Ce déphasage entre la politique culturelle officielle et l’engouement des occidentaux pour le manga et l’anime est en train de se réduire comme l’indiquent les expositions sur le BD ou l’animation japonaise organisées par la Maison de la culture du Japon à Paris. Mais les préjugés restent tenaces.

Un autre décalage explique le développement actuel du marché du manga et de l’animation japonaise en France. Durant les années 1980, l’effet de prescription des enfants sur l’achat des parents avait été freiné par l’image très négative du manga renforcée par le CSA et sa critique de certaines séries destinées aux adolescents.

Même si l’enfant appréciait les dessins animés japonais diffusés sur les chaînes télévisées, les parents n’achetaient pas les produits dérivés liés à ces œuvres et ils ne souhaitaient pas que leur enfant s’y intéresse.

En devenant financièrement autonome, les adolescents et jeunes adultes ont commencé à passionner de plus près aux manga et anime qui ne sont plus ou pas encore diffusés à la télévision.

Le marché de l’importation tout d’abord embryonnaire est aujourd’hui florissant. Ce sont les passionnés de manga et d’anime qui ont créé les premières entreprises de distribution et de traduction des œuvres japonaises.

Nombreux sont les amateurs qui sont passés professionnels. L’implication des lecteurs et spectateurs dans la création et la pérennité du marché est une donnée fondamentale qui explique l’engouement du public pour la japanimation et le manga.

Le consommateur y est actif. D’autre part, la génération qui a été bercée par les dessins animés japonais est moins réticente vis-à-vis de ce média que ne l’étaient leurs parents. L’effet de prescription jusqu’alors bloqué peut jouer son rôle.

La popularité des anime et des manga auprès des adolescents n’ont pas été les conséquences d’un vaste programme japonais pour affirmer leur modèle de pensée en Occident.

Ce serait plutôt lié une série de circonstances qu’il faudrait essayer d’analyser. Le plus intéressant est de voir que l’image du Japon diffusée à travers les manga et les anime est faussée. Elle ne correspond sans doute pas à ce que vivent réellement les Japonais au quotidien.

Vision déformée ?

Pour le grand public, quelle peut être l’image du Pays du Soleil levant ? Un monde de technologie de pointe et de mode telle que la haute couture et le prêt à porter, l’informatique et le jeu vidéo le célèbrent depuis quelques années ?

Mais surtout un univers de violence lorsqu’on prononce le mot manga. C’est indéniablement la première réponse qui vient à l’esprit. La violence est assez présente car les anime et manga diffusés en Occident sont destinés à des adolescents et décrivent souvent des mondes de SF où règne le chaos.

Le célèbre Goldorak n’était pas destiné aux enfants de cinq ans (contrairement à ce que pouvait dire certains psychologues français) mais à leurs grands frères. Évidemment les médias ont tendance à opposer de façon manichéenne le « pacifique » Miyazaki aux « belliqueux » Otomo (Akira) et Toriyama (Dragon Ball).

Ils célèbrent un auteur pour ses qualités esthétiques et sa « poésie » pour mieux dénigrer l’ensemble de la production japonaise.

On oublie alors de préciser que ces trois œuvres n’appartiennent pas au même genre et ne sont pas destinées au même public. On ne précise pas non plus que le Japon a un taux de criminalité très bas.

Le Japonais, constamment abreuvé de manga, d’anime et d’émissions de TV où le sadisme et la violence sont bien plus intenses, n’est pourtant pas devenu sociopathe.

En fait, beaucoup de sociologues décrivent le manga et l’anime comme des espaces de fantaisie par lesquels le public se libère de la pression sociale et familiale les accablant. Ces deux médias forment des exutoires permettant au public de se défouler.

En outre, l’importation de manga et d’anime reflète plus les goûts occidentaux que la sensibilité japonaise. Le marché intérieur est suffisant pour que les entreprises et les éditeurs n’aient pas à exporter leurs productions pour être rentables. Ils n’ont jusqu’à présent pas eu de politique d’exportation concertée.

Que peut représenter, pour un éditeur japonais, la perspective de vendre quelques dizaines de milliers d’exemplaires, quand les ventes sur place se chiffrent en millions ?

Les initiatives pour diffuser les manga viennent généralement des Occidentaux aguichés par un immense marché potentiel. Les prix des anime étant moindres au Japon, la plupart des chaînes de TV vont s’y approvisionner en programme pour la « jeunesse ». Après cela, peut-on vraiment parler d’invasion sans être hypocrite ?

L’importation des séries s’effectue donc selon des critères de rentabilité et de goûts occidentaux. Ce sont souvent les séries les plus commerciales que l’on retrouve sur nos écrans de télévision. Et tout le monde sait que le cocktail « sexe et violence » est celui qui est censé le plus attirer le public.

Bien qu’elle soit célèbre et rentable, la série Doraemon, mettant en scène un robot chat farfelu, et destiné à un public d’enfants, n’a pas trouvé d’acquéreur en France jusqu’en 2003, année où elle est enfin diffusée sur une chaîne herztienne. Est-ce parce que cet anime humoristique ne comportait pas l’alliance magique précitée ?

D’autres problèmes sont liés à la distribution des manga et anime en France par des éditeurs ou des diffuseurs qui ne s’embarrassent pas toujours de la délimitation du public ciblé.

C’est ainsi que Ken, le survivant a côtoyé les Bisounours dans l’émission destinée à la « jeunesse » présentée par Dorothée à partir de 1989. Ce n’est d’ailleurs pas toujours facile pour un diffuseur ou un éditeur d’atteindre le public ciblé.

La chaîne M6 souhaitait toucher une audience de 8-12 ans avec la série Card Captor Sakura des CLAMP et s’est aperçu avec étonnement que c’est un public de 15-25 ans assez exigeant qui suivait l’anime, se plaignant de la programmation en ordre aléatoire des épisodes.

Les mêmes problèmes de segmentation du marché, de diffusion et de type d’importation influent sur la naissance du second grand cliché lié au terme manga et à l’image du Japon.

L’importation massive de BD et de dessins animés pornographiques donne une vision négative des Japonais comme étant tous des pervers, des collectionneurs de petites culottes et de soutien-gorge, des violeurs de collégiennes, des amateurs de bondage (pratique sadomasochiste consistant à lier sa partenaire).

Certes, le personnage du pervers pépère est récurrent dans les œuvres japonaises : Nicky Larson dans la série du même nom (alias City Hunter), Tortue Géniale dans Dragon Ball, Happosai dans Ranma 1/2.

Mais ces personnages ont alors une fonction comique et sont présentés comme étant profondément ridicules. Ils ne reproduisent en rien le comportement du Japonais ordinaire. Le fait même que l’on rit d’eux témoigne de la sanction sociale négative de leur comportement.

De même, le lolicon existe bien chez certains individus caractérisés comme déviants, mais en aucun cas cela ne veut dire que les Japonais sont tous des pédophiles. Il en est de même en ce qui concerne le problème du viol dans la BD et l’animation. Le thème est fréquent dans ces deux médias, mais il n’y a pas de corrélation directe entre la représentation du viol et le passage à l’acte chez les lecteurs.

Une autre image déformée du Japon est liée au terme otaku signifiant « la maison où l’on vit » ou un « vous » impersonnel. Il désigne une personne qui s’investit dans un univers imaginaire et qui refuse d’en sortir.

On estime que 1 % de la population japonaise est composée de ces individus asociaux, introvertis ne vivant que pour leur passion et leur collection (de jeux vidéo, de manga, d’anime, etc.).

Le terme est associé dans l’opinion publique japonaise au nom de Miyazaki Tsutomu, tueur en série de la fin des années 80. Il était fan de BD et de lolicon. C’est dire si otaku est un mot péjoratif !

Or, ce terme tend à désigner en France tout fan de manga, d’anime, ou de tout ce qui a trait à la culture populaire nippone. Brandi comme une étiquette à la fois stigmatisante et valorisante, le terme otaku prend une signification bien différente en France et au Japon.

En fait, les médias français ont tendance à ne pointer que les phénomènes de société japonais négatifs et rangent pêle-mêle : la prostitution des lycéennes connue sous l’euphémisme enjo kosai (« aider » et « sortir avec »), la mode des ganguro (« visages noirs »), l’adulation pour des objets de marques de luxe comme les sacs Vuitton, le révisionnisme, la violence lycéenne mise en scène dans Battle royale.

Il est d’autant plus commode de montrer les dysfonctionnements d’une société et de les relier aux manga et aux anime que l’on gomme les spécificités de la société japonaise. La presse généraliste se contente de montrer les problèmes sans expliquer en quoi ils reflètent un univers social très différent du nôtre, monde hyperexigeant, où les aspirations individuelles sont moins importantes que la préservation de la cohésion sociale, où les repères traditionnels ont volé en éclats au profit d’un culte de l’argent qui corrompt le système politique comme la structure sociale.

Entre les magazines qui s’interrogent sur les dérives sociales japonaises et ceux qui portent au pinacle tous éléments nippons, il serait temps d’avoir un regard médian et critique sur un pays qui, pour beaucoup d’adolescents, semble porteur d’un idéal.

Si leurs parents ont adulés les produits américains (jeans, coca, cinéma et comics), aujourd’hui les adolescents se tournent vers un Japon déformé par les médias français et par une importation de manga et d’anime calibrée pour un public occidental par des diffuseurs occidentaux.

Ces visions déformées du Japon nous renseignent plus sur les prédilections des Français que sur ceux des Japonais.

Fausse familiarité

En examinant attentivement l’image du Japon dans le manga et l’anime, on se rend compte qu’ils véhiculent une certaine représentation des Japonais par eux mêmes.

Certes, certaines séries se déroulent en Occident comme Candy (Angleterre et États-Unis), Georgie (Australie et Angleterre), Lady Oscar (France), Rémi, sans famille (France).

Si de nombreux anime et manga se déroulent dans un cadre occidental, ce n’est pas pour qu’ils soient plus facilement exportables, mais parce que, pour les Japonais, l’Europe est un continent exotique les fait rêver. C’est un lieu perçu comme lointain où toutes les fantaisies peuvent se produire.

La plupart des séries ont toutefois pour cadre le Japon. Lors de leur diffusion en France, ils ont été plus ou moins censurés pour en effacer l’origine japonaise. Dans le cas des séries diffusées par IDDH, tous les crédits japonais avaient été remplacés par des patronymes français.

Les noms de la plupart des personnages sont francisés. Kyosuke devient Max, Madoka se prénomme Sabrina et Hikaru est remplacé par Pamela dans Max et compagnie (Kimagure Orange Road). Il en est de même pour les musiques.

Le générique français de Nicky Larson (City Hunter) arrivait comme un cheveu sur la soupe à chaque fois qu’une musique aux paroles japonaises servait de fond sonore. C’était aussi le cas dans Dan et Danny (Dirty Pair), Jeanne et Serge (Attacker You), Princesse Sarah (Shojoko Sarah), etc.

Il reste néanmoins des éléments dans l’intrigue, ou dans le décor, qui n’ont pas pu être totalement effacés, et qui créent des effets plus ou moins cocasses. Les fêtes traditionnelles japonaises ou tout ce qui concerne la religion sont évidemment tout de suite perçus comme étranger au monde occidental. Un des épisodes d’Émi magique était par exemple basé sur la légende du bouvier et de la tisserande, renommée en Asie, mais totalement inconnue en France.

Les visites des personnages dans des temples bouddhistes ou shintoïstes suscitent également une impression d’étrangeté dans des séries dont on a par ailleurs effacé les aspects japonais.

D’autres éléments plus reliés au quotidien peuvent difficilement être enlevés d’un anime sans que cela se voie ou crée des situations rocambolesques. Cette importance de la description de la vie de tous les jours est liée au processus d’identification du spectateur au personnage.

Destiné initialement à un public japonais, les anime s’attardent sur des scènes ordinaires et tendent à reproduire une image réaliste de l’univers quotidien pour favoriser la projection du téléspectateur sur héros de l’anime.

Mais dans le cas d’un spectateur occidental, ces éléments de la vie quotidienne deviennent au contraire des indices de singularité. Et quand la censure essaie de gommer ces éléments, elle ne fait qu’amplifier leur caractère disparate.

Dans Maison Ikkoku (Juliette, je t’aime) le sake avait été remplacé par du jus d’orange. Mais on a rarement vu des personnes réelles se saouler au jus de fruit. Dans Nicky Larson, les yakusa prenaient souvent des noms italiens transformant les personnages de la pègre nippone en membre de la mafia sicilienne.

Et pour ne pas choquer le très jeune public, les dialogues avaient été modifiés afin de rendre les « méchants » particulièrement ridicules. Une même technique avait été employée lors de la diffusion de Ken, le survivant. Des jeux de mots stupides émaillaient les dialogues pour dédramatiser la violence de la série, la rendant totalement absurde.

Rappelez-vous des membres du “Hokuto de cuisine”… D’autres pratiques, courantes au Japon, peuvent sembler étranges pour un spectateur français : les uniformes des écoliers, les tables chauffantes, les portes coulissantes, les matelas qu’on range dans le placard, le fait de se déchausser en entrant chez quelqu’un, les love-hotels, la conduite des voitures à gauche, les restaurants où l’on mange des nouilles au bord de la route…

Tous ces éléments créent un effet de singularité qui peut sembler anodin pour un jeune enfant mais qui intrigue l’adolescent qui cherchera davantage à s’informer. En tout cas, ces particularités donnent une certaine image de ce que peut être la vie quotidienne au Japon.

D’ailleurs les sites de fans français proposent souvent des pages sur le quotidien des Japonais, leurs habitudes vestimentaires, leurs goûts musicaux ou culinaires. D’autres proposent des photos de voyage et des images réelles des quartiers fréquemment évoqués dans les séries comme Shinjuku où est censé résider Nicky Larson.

L’intérêt actuel des adolescents pour la J-pop (musique pop japonaise) ou pour le phénomène des kogaru provient en grande partie d’un engouement plus général pour l’anime et le manga.

Même si le public sent bien qu’il y a une différence entre l’image du Japon vu à travers des médias et la vie réelle dans ce pays, il se sent attiré par cette nation que l’on découvre au détour de détails originaux.

L’augmentation des inscriptions en cours de japonais et l’intérêt accru pour cette culture correspondent aussi à la curiosité suscitée par cette familiarité biaisée créée par la lecture de manga ou la vision d’anime lors de l’enfance et de l’adolescence.

S’interroger sur une culture différente devient un moyen de questionner et de construire sa propre identité. Faire partie d’un groupe de fans, chercher à imiter ou à mieux connaître les Japonais participe d’une stratégie identitaire particulière, en opposition avec l’image d’un univers parental que l’on rejette plus ou moins consciemment.

En cherchant à comprendre les phénomènes de fausses familiarités, on découvre des pans entiers de la société japonaise. Ainsi, on a parfois l’impression dans les séries que tous les élèves d’une classe ont redoublé : en réalité, ils se retrouvent dans la même classe après les vacances d’été, qui constituent une pause au milieu d’une année scolaire.

Le système d’enseignement japonais ne suivant pas le même rythme qu’en France, la rentrée ne se situe pas en septembre, mais en avril, et s’achève en mars de l’année suivante.

Les frais de scolarité, même dans les établissements publics, sont importants, ce qui explique pourquoi dans Fruits Basket Tôru doit travailler le soir pour financer ses études au lycée.

En général, tous les élèves passent en classe supérieure, car les deux seules réelles évaluations sont le chûgakkô-shiken, (examen d’entrée au lycée) et le daigaku-shiken (concours d’entrée national aux universités). Ce sont les concours que passent Shion dans Family Compo, ou les héroïnes de Fushigi Yûgi.

Lorsqu’ils échouent aux concours d’entrée à l’université, ils peuvent le repasser l’année suivante en candidat libre. Ils sont alors surnommés “rônins” comme Hugo dans Juliette, je t’aime (Maison Ikkoku), ou Keitarô dans Love Hina.

D’autres éléments disséminés dans les séries japonaises mènent le lecteur à s’interroger sur des mythes ou des légendes asiatiques totalement inconnus du grand public occidental.

L’histoire du Roi des Singes est régulièrement reprise pour former la trame de BD ou de dessin animé, car elle est parfaitement connue du public japonais. Mais en France, lors de la première diffusion de Dragon Ball, qui était en mesure de comprendre que le petit Songoku est une version parodique de ce roi des Singes ?

Il en est de même pour la géographie particulière que l’on retrouve dans presque toutes les séries. À chaque point cardinal est lié un animal et une couleur. Cette alliance provient de la cosmogonie chinoise que les Japonais ont adoptée.

À l’Est correspond le dragon, à l’Ouest le tigre, au Sud le phénix et au Nord la tortue. Cette conception se retrouve dans des séries aussi diverses que Dark Angel, Dragon Ball, Fushigi Yugi, Yu Yu Hakusho, ou RG Véda.

D’autres mythes et légendes servent d’arrière-plan à de nombreux manga et anime comme Ayashi no Ceres, Sailor moon, Ranma 1/2, Inu Yasha, Shurato, etc. Les références peuvent être importantes au point de structurer tout le récit ou très ponctuelles comme dans le second épisode de Read or Die où apparaît Genjô, le moine bouddhiste de la saga du Roi des Singes. Dans cet anime, il possède le bâton magique de Goku et sa force.

Retour à l’envoyeur

Un second effet curieux de la réception des anime en Occident est de permettre à un jeune public adolescent de découvrir des éléments de la mythologie et de l’histoire de sa propre civilisation. C’est notamment le cas des Chevaliers du Zodiaque dont l’intrigue repose sur la mythologie grecque mais dont les codes narratifs sont typiquement japonais. Les héros, chevaliers de bronze, affrontent des adversaires bien plus puissants qui coïncident aux douze signes du zodiaque occidental.

Les noms des chevaliers correspondent à ceux d’êtres mythiques grecs : Pégase, Phénix, Andromède, Méduse, Hydre, etc. Mais les héros sont au nombre de cinq, chiffre canonique que l’on retrouve aussi bien dans les sentaï, dans Yu Yu Hakusho, Samouraï Troopers, que dans la bande des petits détectives de Conan ou des séries loufoques comme Le Collège fou fou fou.

Un même emploi de la mythologie occidentale se retrouve dans les Chevalier du Zodiaque (mythologie scandinave), Angel Sanctuary ou Neon Genesis Evangelion (kabbale et mysticisme chrétien), Nazca (mythologie inca). Deux coproductions franco-japonaises se basent aussi sur un fond mythologique : Ulysse 31 (Illiade et Odyssée) et Les Mystérieuses cités d’or (mythologie inca, maya et aztèque).

Le mélange de l’Occident et du Japon dans ces anime et manga est particulièrement attirant car il permet au public de chaque pays de découvrir un élément différent de ce qu’il connaît déjà.

Si la vision occidentale du Japon est déformée, il en est de même pour la représentation des Européens et des Américains au Japon. Et c’est cette déformation qu’il serait intéressant d’analyser.

Si l’on peut parler d’un Japanese way of life, il faut ajouter que ce modèle n’a de nippon que les apparences extérieures. Il s’agit en réalité d’une vision déformée du Japon. Reflet des inquiétudes et des espoirs occidentaux, le modèle japonais est plus la manifestation d’un désir de changement, d’alternative qu’une solution concrète.

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